Rapport ACBD 2008 : 5- Adaptation

Rapport ACBD 2008 : 5- Adaptation
Rubrique Dossiers
Publié le lundi 29 décembre 2008 par
MAJ lundi 29 décembre 2008 à 15h27min

Adaptation

Les œuvres littéraires sont de plus en plus adaptées en bande dessinée (154 nouveautés en 2008) et le 9e art inspire toujours davantage les autres moyens d’expression.

La bande dessinée franco-belge a toujours été d’une extraordinaire richesse : l’augmentation continuelle du nombre de sorties et la segmentation de l’offre permettent de continuer à recruter davantage de lecteurs et de conquérir de nouveaux marchés. Si la tendance de l’adaptation et mise en images des classiques de la littérature et du théâtre, déjà importante l’an passé, se poursuit avec de nouvelles collections comme “Rivages/Casterman/Noir” ou “Cherche Futurs” chez Soleil (en 2008, 154 titres résultent d’une adaptation, soit 4,29% des nouveautés contre 96 et 2,9% en 2007), la plupart des éditeurs continuent d’explorer de nouveaux territoires ou niches éditoriales.

Ainsi, nous constatons une multiplication des diptyques (59 récits divisés en 2 albums : ce qui donne l’impression de coûter moins cher que s’ils étaient proposés en 1 seul volume) alors que les albums indépendants ont toujours leurs adeptes, comme le prouve la collection “Aire Libre” chez Dupuis : elle existe depuis 20 ans, déjà !

Si on note un timide retour de la bande dessinée érotique grâce à quelques éditeurs (Dynamite, Tabou, Le Gang ou encore Pika avec le didactique manga “Step up, Love Story” de Katsu Aki et Delcourt avec l’imposant comics “Filles perdues” de Melinda Gebbie et Alan Moore) qui tentent de faire rejaillir la source affaiblie par l’Internet et la censure, le phénomène remarquable de 2008 est le développement marqué de la bande dessinée francophone à destination des filles ! D’après une étude du Centre National du Livre sur les collégiens et lycéens en 2007, 45% des filles (pour 27% des garçons) ne lisent jamais ou presque jamais de bandes dessinées : cela risque de changer avec les 68 nouveaux produits calibrés pour conquérir le public féminin parus en 2008 (collection “Bulles de filles” chez Dargaud et de nombreux titres chez Bamboo, Delcourt, Diantre !, Dupuis, Fleurus, Gawsewitch, Glénat, Paquet…)

C’est cette incessante vitalité qui permet au 9ème art d’être toujours autant courtisé par les autres médias, lesquels l’utilisent de plus en plus comme source d’adaptation. Et comme le poids commercial des droits dérivés ou des déclinaisons (animations, films, romans…) grossit tous les ans, il n’est pas étonnant que ce soit un sujet brûlant sur lequel éditeurs (le groupe BD du Syndicat National de l’Edition) et auteurs (groupement “bande dessinée” du Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs) n’arrivent pas à se mettre d’accord.

En effet, comme le précise avec humour Jean Van Hamme, le scénariste de “Largo Winch” et de “XIII” (séries dont les récentes versions cinématographiques et télévisuelles, en coproduction avec Média Participations, ont été plébiscitées par les spectateurs), au journaliste Olivier Delcroix : “ L’argent est sur l’écran ” ! Pas que sur l’écran d’ailleurs, mais aussi dans toutes les industries du loisir (cinéma, télévision, dessins animés, jeux vidéo, musique, Internet…) qui, certes, exploitent le filon, mais amènent aussi de nombreux lecteurs à la bande dessinée.

Les éditeurs ne s’y trompent pas et on remarquera qu’en 2008, ils sont nombreux à se positionner dans ce sens :
- Ankama, société qui a explosé grâce à leur jeu vidéo en ligne, entre dans le capital de la chaîne de télévision Nolife (orientée jeux vidéo et culture japonaise) et signe avec Microsoft, tout en diversifiant sa production.
- Delcourt a acquis une participation majoritaire dans le capital de la société RG Square (spécialisée dans les films et séries d’animation japonais) pour mettre en commun leurs expériences d’édition et en audiovisuel.
- EP (Emmanuel Proust) a quitté La Martinière pour poursuivre son développement adossé à MK2, le groupe de production et de diffusion de Marin Karmitz, via la SARL Heupé, et réfléchir à des synergies communes.
- Glénat s’associe à EuropaCorp, la société du réalisateur et producteur Luc Besson, pour créer Europa Glénat, une “joint–venture” (détenue à parts égales entre les deux groupes) qui gérera les droits d’adaptation audiovisuelle des bandes dessinées au catalogue de l’éditeur grenoblois, ceci autant au cinéma qu’à la télévision (telle la série “Disparitions” qui sort simultanément en album et en téléfilm sur France 3).
- Nocturne, éditeur musical, multiplie les produits qui mélangent, allégrement et qualitativement, bandes dessinées et CD : employant ainsi de nombreux illustrateurs et scénaristes connus ou débutants.
- Panini (qui n’a plus les droits des “Simpson” passés chez Jungle) a passé un accord avec la Warner Bros pour adapter leurs cartoons en albums.

Évidemment, le chiffre d’affaires de la bande dessinée francophone (estimé à 320 millions d’euros par Ipsos et Livres Hebdo) fait pâle figure face à ceux des jeux vidéo (2,4 milliards d’euros d’après GfK) ou de l’industrie musicale (2,3 milliards d’euros d’après Le Monde), sans parler de celui du cinéma et de la télévision : mais nous ne sommes certainement qu’aux prémices des développements et propositions de transversalité pour le 9e art ! Au Japon, par exemple, la bande dessinée sur téléphone mobile et l’usage numérique de la bande dessinée est entré dans une phase industrielle, alors qu’en Europe nous n’en sommes encore qu’au stade expérimental !

Cela n’empêche pas les images de bandes dessinées de se retrouver dans 271 recueils d’illustrations, dont 68 recueils de dessins d’humour et 61 textes illustrés, ou de triompher dans les salles de ventes : les originaux d’Hergé (une couverture de “Tintin” s’est arrachée à 764 200 € et un dessin noir et blanc à 167 300 €), d’Albert Uderzo (une planche d’“Astérix” vendue 312 500 €), d’Hugo Pratt (un portrait de “Corto Maltese” adjugé à 250 000 €), de Philippe Druillet (2 planches à 206 500 €), d’Enki Bilal, d’André Franquin ou d’Edgar-P. Jacobs y battent régulièrement des records, se faisant une place de choix sur le marché sélectif de l’art avec un grand A !

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