Little Nemo de Winsor McCay débarque à Cherbourg

Publié le samedi 24 juin 2017 par Thomas Clément. Mis à jour le 24 juin 2017 à 19h53.

Très attendue, la huitième Biennale du 9ème art de Cherbourg-Octeville a ouvert ses portes le vendredi 23 juin 2017. Placée sous le commissariat de Benoît Peeters et François Schuiten, cette superbe exploration de l’oeuvre de Winsor McCay sera indéniablement l’un des rendez-vous incontournable de l’amateur de bande dessinée cet été.

Intitulée Winsor McCay, de Little Nemo au Lusitania, l’exposition met à l’honneur l’oeuvre d’un auteur qui a posé un grand nombre de jalons, à une époque où la bande dessinée n’en était qu’à ses prémisses. Dessinateur invétéré (on raconte qu’il dessinait jusqu’à 18 heures par jour), maître de la perspective (et l’on comprend d’ailleurs l’admiration que lui voue François Schuiten), inventeur de techniques d’animation dont Walt Disney s’inspirera plus tard, Winsor McCay est né, semble-t-il, au Canada le 26 septembre 1869. Après s’être consacré à des travaux commerciaux (réalisation d’enseignes, d’affiches et de toiles peintes), il débute comme dessinateur dans la presse en 1898 dans les journaux de Cincinnati. Cinq ans plus tard, il débarque à New-York pour y publier ses premières planches dans le New York Herald de James Gordon Bennett.

L’une des richesses de cette exposition : les indications de mise en couleur par McCay, directement sur les originaux

Après quelques séries éphémères (notamment Little Sammy Sneeze et Dreams of the Rarebit Fiend), c’est le 15 octobre 1905 que débute Little Nemo in Slumberland sous la forme d’une page entièrement mise en couleur sur les indications de McCay lui-même chaque dimanche. Quelques 549 pages seront publiées jusqu’au 26 décembre 1909, et toutes, ou presque, respecteront la trame mise en place dès la première publication : le lit de Little Nemo, dont on peut d’ailleurs voir une reconstitution dans l’exposition de Cherbourg-Octeville, figure dans la première et la dernière case, et les multiples songes du petit Nemo, et parfois les cauchemars, se concluent par un réveil du petit garçon.

Éphémères, par leur nature de planches hebdomadaires, les pages de Little Nemo n’étaient pas vouées à être republiées, mis à part dans les journaux locaux ou à l’étranger. Et, à une exception près [1], tous les recueils édités depuis (notamment l’imposant Winsor McCay. Les aventures complètes de Little Nemo 1905–1909 publié au début de l’année chez Taschen) sont donc des reproductions des pages du New York Herald. C’était une gageur et un véritable défi que de rassembler pour cette biennale une soixantaine d’originaux, souvent en noir et blanc ou parfois avec des indications de couleurs. Des planches qui retourneront dans leurs collections respectives et qu’on ne reverra probablement plus jamais exposées au même endroit. Conservées par Winsor McCay après leur publication, nombre de ces planches originales ont disparu au fil du temps, parfois par négligence, et des conditions de conservation insuffisantes, mais aussi lors d’incendies ou parce que le propre fils de McCay à la mort de celui-ci a littéralement saccagé certaines d’entre elles à coup de ciseaux et de cutter pour tenter, sans grand résultat, de produire de nouvelles histoires.

Conçue autour des originaux préservés, parfois restaurés, l’exposition se veut un véritable plongement dans le travail de McCay, avec des planches présentées à l’état brut, sans commentaire superflu (le livret catalogue de l’exposition, vendu pour un prix modique à la boutique du musée, comblera le manque des amateurs de commentaires érudits), et présente également quelques vidéos, dont le documentaire animé, entièrement dessiné par le maître, sur le tragique naufrage du Lusitania en 1918.

Une contrainte narrative : les mêmes personnages, les mêmes positions et pourtant... une histoire complète.

On doit à Winsor McCay de véritables inventions dans le domaine de la bande dessinée, dans la recherche narrative, l’acceptation de contraintes graphiques et un travail très poussé de la perspective en général et de l’architecture en particulier. Ce n’est pas un hasard si on le redécouvre à la fin des années soixante des deux côtés de l’Atlantique, sous l’impulsion des premiers théoriciens et chercheurs dans le domaine du Neuvième Art. Son Little Nemo sera d’ailleurs choisi pour le catalogue de l’exposition Bande dessinée et figuration narrative qui se tiendra en 1967 au Musée des arts décoratifs de Paris. Un superbe hommage pour un auteur qui aura dessiné jusqu’aux dernières heures de sa vie.

Pratique
Musée Thomas Henry
Le Quasar - Esplanade de la laïcité
50100 Cherbourg-en-Cotentin
Renseignements au 02 33 23 39 30
Horaires d’ouverture :
Du 23 juin au 1er octobre 2017
Ouvert du mardi au vendredi : 10h-12h30 / 14h-18h
Samedis et dimanches : 13h-18h
Fermé lundi et jours fériés.
Accessible aux personnes à mobilité réduite.
Plein tarif : 5 € / tarif réduit : 3 €
Gratuit le mercredi.
Pass musées et expos à volonté pendant 12 mois : 10 €

[1La galerie 9e Art propose un ouvrage à l’échelle hors norme (90 % de la taille réelle des originaux) qui contient les reproductions de 26 planches originales accompagnées de leur sunday pages couleurs. L’ensemble est commenté par Benoît Peeters et François Schuiten.Le prix de la souscription des 60 premiers exemplaires est à 480 €, puis 580 € pour les 120 suivants.

Galerie
Bernard Mahé (à gauche) et Benoît Peeters (à droite) De gauche à droite : Benoît Peeters, François Schuiten et Bernard Mahé Des explications en vidéo par les commissaires de l'exposition (ici, François Schuiten) Le lit de Little Nemo comme vous l'avez... rêvé ?
Richesse du trait et maîtrise de la perspective, deux constantes de l'oeuvre de Winsor McCay
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Little Nemo d’après Winsor McCay - Série Little Nemo in Slumberland - Série Little Nemo - Série Winsor McCay
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