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Interview d’Amruta Patil pour la sortie de Kari (au diable vauvert)

Rubrique Dossiers
Publié le lundi 3 novembre 2008 par Thomas Clément
MAJ lundi 3 novembre 2008 à 16h55min

Bande Dessinée Info : Amruta, pouvez-vous nous dire quelles étaient vos intentions en dessinant le roman graphique Kari [1] ?

Amruta Patil : Le personnage de Kari est un chercheur de vérité. Même lorqu’elle est dans une ambiance sombre et nauséabonde (le smog urbain l’est souvent), Kari est en mesure d’extraire ce qui est pur, beau et vrai dans toute cette grisaille. D’une certaine manière, elle purifie, elle distille le monde, en essayant de comprendre le sens de toutes ces douleurs causées par l’amour, la sexualité, les conventions sociales et la mort - ce genre de choses auxquelles on est confronté tout au long de sa vie, mais jamais avec la même intensité que quand on a vingt-et-un ans.

Mon livre est sombre et graphiquement assez brut. j’y utilise très occasionnellement la couleur, pour représenter une situation extrême, un artifice ou une joie très intense. À la fin, lorsque Kari tente d’en finir, mon style devient haché et frénétique. J’ai utilisé ces changements dans mon style graphique pour représenter l’évolution intérieure de Kari. Mais il est vrai que certaines expérimentations, je le reconnais, fonctionnent mieux que d’autres. J’ai encore beaucoup à apprendre !

Bande Dessinée Info : La bande dessinée indienne est très peu connue en France. Pouvez-vous nous en parler ?

Amruta Patil : Comme la plupart des enfants indiens, j’ai surtout pu lire les histoires mythologiques sous forme de bandes dessinées. Elles étaient publiées par Amar Chitra Katha. Mais il n’y a pas réellement d’auteurs indiens qui m’intéresse, et ils sont très peu nombreux. Le médium en est encore à ses balbutiements ici.

Pour mon inspiration, je me tourne plutôt vers la littérature et l’histoire de l’art. J’aime l’écriture de Jeanette Winterson, John Kennedy Toole, John Steinbeck. Et j’apprécie beaucoup les peintures miniatures mogholes, l’art bouddhiste mahayana, l’art décoratif islamique et les gravures sur bois japonaises ...

Bande Dessinée Info : Vous avez étudié les Arts Graphiques à Boston. Que cela vous a-t-il apporté ?

Amruta Patil : A Boston, pour la première fois de ma vie, j’ai pu passer du temps dans les grands musées et consulter vraiment beaucoup de livres. J’étais avide d’apprendre, et j’ai absorbé tout cela comme une éponge. Plus que toute autre chose, le temps que j’ai passé à Boston m’a donné confiance dans mon travail. En Inde, je considérais mes gribouillis plutôt comme un passe-temps et je n’y apportais pas beaucoup d’importance. Et puis, étrangement, mon intérêt pour la mythologie indienne s’est développé tandis que je vivais là-bas. Ce séjour a d’ailleurs influencé mon prochain projet qui s’intitule Parva, axé sur sur le Mahabharat, une épopée classique indienne.

Bande Dessinée Info : Votre graphic novel Kari va être publié en France par un éditeur plutôt orienté vers littérature. Qu’en pensez-vous ?

Amruta Patil : Cela me convient parfaitement. Pour moi, il n’y a pas de fossé entre la littérature qui n’utilise que des mots et les histoires que l’on raconte avec des images et des mots. Ce sont les histoires elles-mêmes qui décident comment elles doivent être racontées. Le véritable rôle de l’auteur consiste finalement à bien être attentif à ce que ces histoires vous disent, et à bien les retranscrire dans la forme la plus adaptée. D’ailleurs, je ne tiens pas spécialement à me poser comme un auteur de romans spécifiquement graphiques. Le livre sur lequel je travaille actuellement ne contiendra d’ailleurs aucun dessin.

Bande Dessinée Info : Vous allez séjourner en France l’an prochain. Avez vous quelques projets pour cette nouvelle étape ?

Amruta Patil : En fait, cette histoire d’amour avec la France a débuté au début de cette année, lorsque j’ai été invitée au festival d’Angoulême par l’ambassade de France à New Delhi. Depuis ce moment, tout ceux avec qui je suis en relation manifestent beaucoup d’intérêt et de gentillesse, aussi je fais bien attention à ce que ce soit pour les bonnes raisons.

Au cours de ma résidence d’auteur à La Maison des Auteurs (Angoulême), je vais travailler sur mon prochain roman graphique. J’ai tant à observer et à apprendre de la riche tradition graphique française – alors que je suis assez sûre de moi du point de vue littéraire, mon style graphique est encore très simple et brut. J’ai aussi quelques voyages en vue afin de découvrir le pays. Et puis j’espère que ma présence et mon travail ici apporteront un point de vue un peu différent de celui auquel les gens sont habitués.

Liens :
Site officiel d’Amruta Patil

Chronique :
Kari

Merci à Anne Vaudoyer qui a bien voulu jouer les intermédiaires

[1Parution le 6 novembre 2008 au diable vauvert

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