Rapport ACBD 2008 : 7- Consécration et médiatisation

Rapport ACBD 2008 : 7- Consécration et médiatisation

Publié le lundi 29 décembre 2008 par
Mise à jour de cette page le 30 décembre 2017 à 23h15min

Consécration et médiatisation

201 œuvres datant de plus de 20 ans ont été rééditées ; et de plus en plus d’auteurs de bande dessinée, parmi les 1416 qui vivent de leur métier sur le territoire francophone européen, obtiennent régulièrement l’honneur des médias.

Et c’est cette nostalgie et cette passion qui permettent de rééditer les œuvres des auteurs classiques. Certaines ne survivent que grâce à de toutes petites structures (Amis de Le Rallic, Amis de Trubert, ANAF, Ananké, Bague à Tel, Le Coffre à BD, Le Cousin Francis, L’Elan, Hibou, F. Maye, Pan Pan, Regards, Taupinambour, Triomphe ou La Vache qui médite) qui les publient à un nombre très réduit. Ces éditeurs réalisent pourtant un phénoménal travail de transmission aux générations futures : travail qui devrait être mieux considéré ! Grâce à eux, des auteurs, souvent seulement connus des amateurs, ne tomberont pas dans l’oubli : d’autant plus que ceux-ci sont rarement célébrés dans les 67 livres écrits sur le 9e art (dont 34 monographies et 10 guides pratiques) en 2008 ! Signalons aussi, à ce propos, l’énorme entreprise du site bdoubliees.com qui tente de recenser les bandes parues dans les magazines.

Par ailleurs, de plus en plus de maisons d’édition moins artisanales entretiennent, elles aussi, le patrimoine francophone du 9ème art avec le respect qui lui est dû : c’est le cas de L’Association, Casterman, Champaka, Dupuis, Dynamite, Flouzemaker, Glénat, Graton, Le Lombard ou Vents d’Ouest. Au final, en cette année des 100 ans des “Pieds Nickelés”, des 70 ans de “Spirou”, de “Tif et Tondu” et de “Pat Apouf”, des 60 ans de “Pif”, de “Placid et Muzo”, d’“Hassan et Kadour” et d’“Alix”, ou encore des 50 ans des “Schtroumpfs”, 201 titres datant de plus de 20 ans, inédits ou introuvables (soit 5,6% des nouveautés, contre 128 et 3,86% en 2007) ont été édités en album.

Ce chapitre est aussi l’occasion de saluer les personnalités francophones (10 créateurs et 6 grands spécialistes du secteur) dont la profession a appris les disparitions en 2008, souvent avec beaucoup de retard :
- Pierre Dhombre : scénariste pour les productions chrétiennes des éditions Fleurus, Univers Média, Le Signe…
- Carlo Raffaele Marcello : dessinateur italien ayant beaucoup travaillé pour la France (“Docteur Justice”…)
- Claude Faraldo : cinéaste et scénariste de Georges Pichard
- Stéphane Péru : jeune dessinateur des éditions Semic et Soleil, décédé à l’âge de 26 ans
- Raymond Leblanc : éditeur et fondateur du journal Tintin et des éditions du Lombard
- Maurice Maréchal : créateur de “Prudence Petitpas”
- Ludovic Joffrain : dessinateur des “ Looney Tunes” et rédacteur en chef des publications Warner France
- Martin Berthommier : dessinateur et scénariste de la série “Touffu” chez Bayard
- Francis Lacassin : spécialiste de littérature populaire et co-fondateur du premier club BD en France
- Jacques Fiérain : auteur de plusieurs livres consacrés aux auteurs habitant une province belge spécifique
- Raymond Macherot : mythique créateur de “Chlorophylle”, “Clifton”, “Chaminou” et “Sibylline”
- Tania Vandesande : elle avait ouvert la toute première librairie de bande dessinée à Bruxelles (Pepperland)
- François Caradec : biographe érudit en littérature et spécialiste français des prémices du 9e art
- Guy Peellaert : dessinateur inspiré par le mouvement pop art (“Jodelle” et “Pravda la surviveuse”)
- Gérard Lauzier : célèbre auteur des “Tranches de vie”, réalisateur de films et dramaturge
- Solo (alias François Solot) : caricaturiste et auteur du “Dico Solo” recensant tous les dessinateurs de presse.

Pourtant, de plus en plus d’auteurs francophones sont présents sur le marché : en 2008, ils étaient 1495 à publier un nouvel album, alors qu’ils ne sont que 1416 (contre 1357 en 2007) à vivre de ce mode d’expression : 151 sont des femmes, soit 10,66%- pour 137 et 10,09% en 2007, et 248 sont scénaristes sans être également dessinateurs -soit 17,51%- pour 232 et 17,09% en 2007. La plupart d’entre eux survivent dans un contexte de plus en plus difficile : au moins 3 albums disponibles et un contrat en cours ou un travail régulier pour la presse sont nécessaires à un salaire moyen. Ceci alors qu’une nouvelle génération s’apprête à sortir des écoles, qu’une autre se fait les dents sur le web, et que les éditeurs classiques ont beaucoup de mal à trouver de bons dessinateurs réalistes : d’où l’emploi de graphistes italiens, espagnols ou ex-yougoslaves, lesquels pratiquent encore, massivement, cette discipline.

On pourrait croire que ces auteurs qui ont fait ou qui feront l’histoire de la bande dessinée francophone sont peu médiatisés. Or, les mises en valeur du travail des auteurs par les éditeurs et le va-et-vient incessant entre les supports leur assurent une meilleure visibilité dans les médias généralistes. Les journalistes sont de plus en plus nombreux à parler du 9e art dans la presse écrite, audiovisuelle, nationale et régionale, ou pour les nouvelles technologies ; même s’il reste beaucoup à faire quant à la régularité, la quantité et la qualité des contenus. Promouvoir cette information dans les médias et réunir les personnes qui traitent régulièrement de bandes dessinées, c’est le but principal de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et de ses 81 membres, lesquels remettent, tous les ans, le Grand Prix de la Critique à un album remarquable paru dans l’année ; en 2008, il a été décerné à “Tamara Drewe” de Posy Simmonds chez Denoël Graphic (voir le site acbd.fr).

Aujourd’hui, le 9e art a donc acquis une véritable reconnaissance culturelle : d’ailleurs, 1 livre acheté sur 8 et 1 ouvrage emprunté sur 5 dans les bibliothèques est une bande dessinée !

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