José Roosevelt : "L'auto-édition se présentait comme la seule façon de réaliser mes albums selon mes souhaits"

José Roosevelt : "L’auto-édition se présentait comme la seule façon de réaliser mes albums selon mes souhaits"

Publié le mardi 20 novembre 2018 par
Mise à jour de cette page le 20 novembre 2018 à 10h40min

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Nous avons rencontré José Roosevelt, auteur complet et éditeur, qui fait justement le point avec nous sur sa vision de l’édition et de la création.

Bande Dessinée Info : Après tous ces albums, plus d’une quinzaine , vous préférez le travail de dessinateur de BD ou de peintre ?

José Roosevelt : C’est difficile de répondre parce que c’est une question de moment. Il y a des moments où j’ai envie de faire de la peinture, j’ai des idées pour des tableaux, et des périodes où je suis complètement investi dans la BD, où je veux raconter une histoire à travers la BD. Ce sont deux modes d’expression très différents, la peinture et la BD.
L’un prédomine sur l’autre pendant une période, mais je n’ai pas de préférence car je m’épanouis totalement dans ces deux arts.

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CE T12 - Pays des Merveilles

Bande Dessinée Info : Qu’est-ce qui vous plaît dans la BD que vous ne retrouvez pas dans la peinture ?

José Roosevelt : La BD, c’est une histoire qu’on raconte, tandis que pour lire une histoire dans une peinture on doit passer par une interprétation. La bande dessinée c’est un peu comme le cinéma, elle propose une histoire, et ceci au travers de personnages. La différence, peut-être la plus grande entre la BD et la peinture, c’est que la première se révèle avec le temps, c’est-à-dire que les personnages évoluent, on les connaît au fur et à mesure qu’on lit, et c’est beau, de découvrir où va un personnage, l’histoire qu’il va vivre du début jusqu’à la fin du récit. C’est un charme particulier au récit.

Bande Dessinée Info : Et quelle est l’histoire que vous avez préféré raconter ?

José Roosevelt : Sans hésiter, la série CE.

Bande Dessinée Info : C’est surprenant que L’horloge, votre premier succès dans le monde des bulles, ne trouve pas cette place. Est-ce que cette belle invitation au voyage a été rééditée depuis sa parution chez Paquet ?

José Roosevelt : Elle a été rééditée par les éditions de Canard, c’est-à-dire moi-même en 2010-2011, en deux volumes. L’horloge à l’origine était un projet en un seul album et je l’ai proposé à des éditeurs comme ça. Les Éditions Paquet se sont montrées intéressées très vite, mais ils m’ont proposé de coloriser l’histoire et de la diviser en trois parties parce qu’elle était composée de 12 chapitres de longueur égale. Moi, sans expérience, tellement content d’avoir trouvé un éditeur, j’ai donné mon d’accord. Mais ce fut une erreur. Déjà parce que l’histoire se divise en deux parties, la première est la partie féminine et la deuxième la partie masculine. Cette division a disparu quand on a divisé L’Horloge en trois volumes (j’ai tout simplement gommé les sous-titres "première partie" et "deuxième partie"). De plus je n’étais pas content avec le travail de coloriage qui avait été fait par l’éditeur, par endroits carrément bâclé. En 2010, ayant récupéré les droits sur cet album, j’ai fait une nouvelle édition en deux volumes, respectant ainsi la division originale, et je l’ai colorisée en bichromie.

Bande Dessinée Info : Pourquoi avez-vous décidé de vous tourner vers l’auto-édition ? Pourquoi ne pas rester dans le circuit de l’édition standard ?

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La table de Vénus

José Roosevelt : J’ai cessé de travailler avec les Editions Paquet car leur vision ne correspondait pas à la mienne. J’ai travaillé plus tard avec la Boîte à Bulles. En 2003, Vincent Henry, alors critique de BD, rêvait d’ouvrir sa propre maison d’édition. Ayant découvert le premier volume de La table de Vénus, édité par Paquet, il m’a demandé si la suite avait été publiée. Cette suite n’a pas été publiée par Paquet, car je l’ai quitté juste après ce premier volet. En revanche, j’avais réalisé, en auto-édition, une intégrale de La table de Vénus en noir et blanc, en grand format, qui n’avait pas été diffusée à l’époque : j’ai envoyé à Vincent Henry cet album.
Convaincu par mon travail, Henry a fondé la Boîte à Bulles avec mon projet suivant, Derfal le magnifique, et un album de Nancy Peña, Le cabinet chinois. Avec Vincent Henry, une bonne entente s’est tout de suite créée : sa transparence et son enthousiasme étaient évidents. Je crois que son défaut était d’être un démocrate. Les décisions éditoriales étaient toujours prises par un groupe, et comme mes projets sortaient des sentiers battus, j’ai du refaire à plusieurs reprises les dessins de couverture ou voir ceux-ci se transformer, avec des résultats discutables. Bref, j’étais toujours insatisfait. L’auto-édition se présentait comme la seule façon de réaliser mes albums selon mes souhaits de créateur.

Bande Dessinée Info : les Editions du Canard ont été fondées en quelle année ?

José Roosevelt : J’ai imaginé ce nom - Les Editions du Canard - pour la sortie de l’intégrale de La table de vénus, en 2002. Ce nom qui résonne presque comme une boutade... mais comme dans cet album le personnage principal est Juanalberto, avec sa tête de canard, ça m’a paru assez approprié. Puis en 2005, j’ai commencé à publier un fanzine, Halbran, où j’ai utilisé le logo des Editions du canard, et cela pour les vingt numéros que compte cette belle aventure, qui regroupait tout autant d’amateurs que de professionnels du neuvième art. En 2007, j’ai racheté mes droits chez Paquet et la Boîte à Bulle afin de pouvoir rééditer les albums publiés par eux selon ma vision artistique... et ainsi devenir maître de toutes mes créations.

Bande Dessinée Info : Parlez-nous de la grande saga qui touche bientôt à sa fin, CE, publiée entièrement par Les Editions du Canard.

José Roosevelt : L’idée pour CE a commencé à germer en 2005. Nous trouvons, au départ, un homme sans mémoire qui va se découvrir petit à petit, en vérité un immortel, mais non une divinité, ni une créature fantastique comme celles qui vivent leur immortalité comme une malédiction. Je ne voulais pas non plus d’un héros charismatique à outrance, j’ai choisi de réaliser un personnage lambda, quelconque, une sorte de fonctionnaire. Au début du récit, c’est ce qui se passe autour de lui qui est intéressant. Mais ce personnage immortel, contrairement aux gens qui l’entourent, rêve. Cette différence notable le fait souffrir - ses rêves sont, en plus, très angoissants. Il lui faut alors comprendre pourquoi il est le seul être affublé de cette capacité de rêver.
En partant de cette idée, j’ai commencé à composer un scénario qui s’est complexifié grandement. De l’idée de concevoir une histoire fantastique, je suis parti à la conquête d’autres genres - science-fiction, aventure, surréalisme, philosophie, enquête du type policière, littérature... et même du méta-langage. Et, comme moteur sous-jacent de l’histoire... une romance.
Bref, une histoire qui dépasse les limites de genre, de mode d’expression, animée de personnages fantastiques aux caractères bien affirmés. En treize volumes publiés depuis autant d’années (le treizième et dernier sera publié en 2019). D’ailleurs, le nombre de volumes n’est pas gratuit : il trouve sa cohérence avec le scénario.

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