Chronique Les Tuniques Bleues T56 : Dent pour dent (Raoul Cauvin et Willy Lambil) - Dupuis

Chronique Les Tuniques Bleues T56 : Dent pour dent (Raoul Cauvin et Willy Lambil) - Dupuis
Rubrique Dossiers
Publié le jeudi 13 décembre 2012 par
MAJ jeudi 13 décembre 2012 à 15h47min

Après cinquante-cinq aventures passées ensemble (même un peu plus si l’on considère que les premières étaient des histoires courtes, regroupées ensuite en albums dans quelques-uns des premiers volumes), le sergent Cornélius Chesterfield devrait pourtant savoir qu’il ne faut pas trop chatouiller la susceptibilité du caporal Blutch. Mais bon, Chesterfield n’est qu’un militaire borné, pas forcément doté, en plus, du plus gros QI de l’armée nordiste.

Et là, force est de constater qu’il a légèrement dépassé les bornes. Ce n’était pas bien malin de faire avaler un excitant pouvant permettre à un éléphant de courir un marathon en moins de 10 minutes à cette pauvre Arabesque. Parce que, si Blutch est capable de supporter bien des choses de la part de Chesterfield sans (trop) s’énerver, du moins sans s’énerver au point de commettre l’irréparable, il va sans dire que la simple idée qu’Arabesque, son cheval, puisse être la victime collatérale de la rigidité militaire de Chesterfield ne pouvait qu’entraîner une riposte à la hauteur du crime commis.

Et Blutch est rancunier, c’est un euphémisme. Tout le monde le sait dans l’armée du général Alexander. Tout le monde, sauf Chesterfield qui, comme d’habitude, n’a qu’une idée en tête, pousser Blutch à enfin charger comme le cavalier modèle qu’il devrait être, et non pas tomber au premier coup de feu ennemi, à peine dix mètres après le début de l’assaut. Donc, quand Blutch se rend compte que, non seulement Arabesque ne « s’écroule » pas au bout de quelques secondes comme il le lui a appris, mais que, en plus, il se retrouve même en tête de la charge, devant le capitaine Stark en personne, qui n’en revient évidement pas, notre brave caporal comprend vite qu’il y a comme un problème. Et si problème il y a, Chesterfield ne peut pas être innocent. Comme il l’apprend rapidement.

Il lui faut quelques jours pour ruminer sa vengeance et la mettre à exécution. Et l’impensable se produit. Comme il s’était déjà produit avec un Blutch en tête de l’escadron en train de charger. Après avoir reçu une lettre Cornélius Chesterfield décide aussitôt de quitter l’armée. C’est le monde à l’envers. Après cinquante-cinq aventures passées à empêcher Blutch de déserter, c’est Chesterfield lui-même qui jette l’éponge. Et qui rentre chez lui, à la grande surprise de tout le monde. Son ex fiancée la première. C’est là l’occasion pour Lambil et Cauvin de nous faire retrouver des personnages déjà évoqués dans le dix-huitième volume de la série, « Blue rétro », un album où les auteurs nous racontaient comment Blutch et Chesterfield s’étaient retrouvés enrôlés dans l’armée unioniste.

Évidemment, la ruse de Blutch une fois éventée, Chesterfield n’a de cesse de retourner au front pour faire payer au caporal cette blague de fort mauvais goût (du point de vue du sergent s’entend). Lambil et Cauvin se délectent alors d’une surprenante inversion des rôles. Chesterfield ayant dû se « ré-engager », il réintègre donc son unité comme simple soldat, de la bleusaille. Un état que Blutch va mettre à profit pour faire preuve de quelques crises d’autorité dont on ne le pensait pas capable. Quand je vous disais que, dans ce nouvel album, c’est le monde à l’envers dans la cavalerie yankee.

Il faudra rien moins que le poids du général Alexander, qui doit quand même parfois se demander ce qu’il a fait à son état-major pour qu’on lui confie le commandement d’une unité aussi chaotique, pour que tout rentre enfin dans l’ordre, Chesterfield retrouvant ses galons, et Blutch un sergent dont il pensait enfin être débarrassé. La leçon sera-t-elle payante ? Chesterfield a-t-il enfin compris qu’il ne faut pas trop agacer Blutch ? Mon petit doigt me dit que ce serait trop simple.

En tout état de cause, ce cinquante-sixième album se révèle une nouvelle fois fort drôle, avec ces retournements de situation permanents. Et, comme ils le font de temps en temps, Lambil et Cauvin nous démontrent qu’ils savent habilement faire réapparaître des personnages, secondaires certes, mais qui s’inscrivent dans la continuité et qui n’en sont pas moins essentiels à forger la personnalité de nos deux héros. Enfin, héros, c’est vite dit.

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