Rapport ACBD 2009 : 4- Traduction

Rapport ACBD 2009 : 4- Traduction
Rubrique Dossiers
Publié le dimanche 27 décembre 2009 par
MAJ dimanche 27 décembre 2009 à 23h21min

Traduction

1891 bandes dessinées étrangères (1429 viennent d’Asie et 312 des USA) ont été traduites : une progression de 0,5% par rapport aux nouveautés (pour 3,86%, en 2008).

Dans le secteur de plus en plus concurrentiel du manga, la nouvelle du rachat de l’éditeur vidéo de dessins animés japonais Kaze par Viz Media Europe, la filiale commune des groupes japonais Shogakukan et Shueisha (détenteurs des droits de 2/3 des « best-sellers » nippons) a inquiété les responsables francophones qui leur achetaient ces licences : Kaze possédant aussi l’éditeur de mangas « papier » Asuka, ils avaient peur qu’ils disposent ainsi d’un camp de base pour se dispenser de leurs actuels partenaires français. Essayant d’être rassurants, les responsables de Viz ont déclaré à la revue professionnelle Livres Hebdo qu’ils n’étaient pas là pour récupérer les licences mais pour développer l’offre avec le « média-mix », en liant la gamme du manga à celle des dessins animés, et en rebaptisant Asuka (qui a traduit 128 volumes en 2009) du nom de Kaze Manga. Évidemment, l’enjeu est de taille, car la bande dessinée asiatique représente, désormais, plus d’1/4 du chiffre d’affaires du secteur et 39,7% de la productiondu 9e art due à 41 éditeurs différents (au lieu de 36 en 2008).

En effet, malgré la difficulté qu’ont les manhwas coréens (107 en 2009 pour 98 en 2008) et les manhuas chinois (23, comme en 2008) à s’imposer sur le marché – sans parler de la diminution de la création de mangas européens (33 contre 42 l’an passé) –, il y a eu 1429 albums d’origine asiatique parus en 2009 (contre 1411 en 2008), ce qui correspond à 538 séries différentes (contre 479 en 2008) ; et les 1297 mangas japonais traduits en français (contre 1288 en 2008) ont toujours la faveur d’un fidèle lectorat, plus jeune et plus féminin que celui de la bande dessinée franco-belge, appréciant leur moindre coût, la succession des nouveaux tomes dans des délais très rapprochés et un contenu proche de leurs préoccupations.

Comme seuls 10 shônen (séries pour jeunes garçons) ou shôjo (pour les filles) assurent 50% des ventes du secteur, cette progression ne gêne pas les autres segments du marché. D’ailleurs (en comptant Asuka), il n’y a que 9 éditeurs qui tiennent, à eux seuls, l’essentiel de l’économie des mangas traduits en français : Kana en tête avec 30% des exemplaires du secteur vendus en 2008, 136 volumes publiés en 2009 et une reconnaissance critique de son catalogue (le Prix Asie-ACBD a été décerné, c tte année, à Undercurrent de Tetsuya Toyoda, pendant le festival Japan Expo). Le 2e est Glénat Mangas (23,9% en exemplaires vendus et 148 volumes parus) suivi, assez loin derrière, par Delcourt (96 volumes via Akata et 155 volumes par sa filiale Tonkam) avec 11,9% et par Pika (10,9% et 188 volumes) ; ensuite, le secteur est détenu, dans une moindre mesure, par Kurokawa (7,1% et 76 volumes), Panini Manga (4,7% et 117 albums), Soleil Mangas (103 volumes) et Ki-oon (54 albums).

Citons aussi les autres éditeurs francophones publiant des bandes dessinées asiatiques et qui représentent, à eux tous, à peine 10% du marché du manga en nombre d’exemplaires vendus (d’après Ipsos) : Bamboo (Doki- Doki), BFL, Carabas (Kami), Casterman (Sakka), Clair de Lune (Gakko), 12 bis, H, Imho, Le Lézard noir, Matière, Milan (Kankô et Dragons) et Taïfu, ou encore Paquet, Samji et Toucan (pour la bande dessinée coréenne) et Toki, Xiao Pan et You-Feng pour la chinoise. Sans oublier certains généralistes plutôt axés seinen (bande dessinée pour jeunes adultes) à l’instar d’Atrabile, Cambourakis, Cornélius, Flblb, Les Humanoïdes associés, Vertige Graphic...

Il semblerait qu’il y ait encore un potentiel d’élargissement de ce public vu l’intérêt provoqué par les 6 essais sur les mangas publiés en 2009 et l’audience grandissante des principaux sites du Web sur ce sujet : manga-news.com et manga-sanctuary.com ou encore animeland.com, animint.com, mangagate.com, mangaverse.net, mangavore.net, mata-web.com, total-manga.com, webotaku.com... D’ailleurs, grâce aux mangas, le japonais est désormais lalangue la plus traduite de l’édition française !

Pourtant, les bandes dessinées traduites de l’anglais sont de plus en plus nombreuses : 9 proviennent d’Angleterre et 312 des États-Unis, soit 8,92% des nouveautés (contre 292 et 8,13% en 2008). Les comics mettant en scène les super-héros (“X-Men”, “Spider-Man”, “Batman”…) sont toujours le domaine privilégié de Panini, leader incontesté de ce secteur. D’autres éditeurs, plus ou moins spécialisés dans la bande dessinée américaine, essaient, toutefois, de s’imposer sur ce marché très spécialisé : tels Akiléos, Çà et là, Dante, Fusion Comics, Kymera, Milady Graphics, Organic Comix, Semic, Univers Comics ou Delcourt (avec les labels “Star Wars”, “Contrebande” et “Outsider”).Signalons enfin que les nombreux sites consacrés à ce phénomène (superpouvoir.com, comicbox.com,buzzcomics.net, marveldc-universe.com, comicsvf.com, comicsplace.net, cablechronicles.com, xbee.net, francecomics.com, comicsheroesreferences.com…) sont, eux aussi, très visités.

Les traductions italiennes sont également en pleine expansion (65 titres en 2009 – soit 1,8% des nouveautés – pour 57 et 1,59% l’an passé), notamment grâce aux éditions Clair de Lune et Mosquito qui tentent, contre vents et marées, d’imposer les fumetti (bandes dessinées populaires en petit format et en noir et blanc) au public francophone ! Par ailleurs, on notera, ces dernières années, la nette recrudescence des auteurs italiens (32 en 2009) publiant directement en français : productions qui ne sont pas considérées comme des traductions.

Cependant, comics, fumetti et mangas ne sont pas les seuls fournisseurs de séries étrangères puisqu’on dénombre aussi 20 bandes dessinées d’origine espagnole (contre 28 en 2008), 15 hollandaises, 13 argentines, 7 allemandes, 4 finlandaises ou sud-africaines, 3 israéliennes, 2 norvégiennes ou indiennes… : soit, au total, 1891 traductions – c’est-à-dire 52,5% des nouveautés (contre 1856 et 51,67%, en 2008) – venant de 22 pays différents.

À l’inverse, le succès remporté à l’étranger par les romans graphiques, en librairie généraliste, permet de constater une forte activité de la bande dessinée francophone à l’export.

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