Rapport ACBD 2009 : 3-Mutation ?

Rapport ACBD 2009 : 3-Mutation ?

Publié le dimanche 27 décembre 2009 par
Mise à jour de cette page le 30 décembre 2017 à 23h07min

Note des internautes

0 vote
Mode anonyme: Une seule note par adresse IP Mode connecté: Une seule note par compte, modifiable à volonté

Mutation ?

La stratégie du « média-mix » se renforce, le marché balbutiant du numérique prend forme et le 9e art est toujours source d’inspiration pour les autres moyens d’expression.

L’édition numérique est une de ces évolutions non négligeables que les éditeurs traditionnels commencent à prendre en compte sérieusement : même s’il est loin d’être le seul, la bande dessinée est l’un des secteurs qui est très avancé sur le numérique. Mais nous en sommes encore à un stade balbutiant et nous n’avons pas de données précises pour juger de l’importance du chiffre d’affaires de cette forme virtuelle de l’édition, même si l’on sait qu’il est actuellement minuscule : les acteurs les plus avisés estiment, qu’aujourd’hui, il n’y aurait que 0,1% des livres (tous genres confondus) qui se vendraient en fichier numérique, en Europe francophone. On ne sait pas ce qu’il en sera demain, mais ce qui est sûr, c’est que les éditeurs se préparent à un éventuel virage numérique, ne tenant pas à réitérer les erreurs de l’industrie musicale et cinématographique.

L’offre commence d’ailleurs à se structurer et se développe rapidement : quelques sociétés se disputent déjà les « best-sellers » du moment, s’alliant souvent activement aux éditeurs « papier » en place.

  • le développeur Aquafadas, via la bibliothèque Ave ! Comics, propose de prévisualiser en payant, mais aussi gratuitement dans certains cas, plus de 250 albums déjà parus, tout en hébergeant la première bande dessinée créée spécifiquement pour ce support : “Bludzee” de Lewis Trondheim. D’autre part, Ave ! Comics vient de s’associer à la bibliothèque numérique de Relay.com (qui dépend de HDS Digital, filiale du groupe Lagardère, c’est-à-dire Hachette) pour faire coexister 2 boutiques numériques distinctes : les « livres et BD à télécharger » sur ordinateur et les « BD pour appareils nomades » dont les mobiles.
  • Anuman Interactive, désormais filiale de Média-Participations, qui travaille sur des logiciels multi-supports et qui aurait déjà vendu quelque 30.000 bandes dessinées sur l’AppStore. À noter que Bamboo a aussi signé un partenariat avec Anuman Interactive pour son application BDtouch.fr alimentée principalement par Dargaud.
  • MobiLire qui s’est allié au Groupement des Librairies spécialisées en Bande Dessinée (GLBD), sous enseigne Canal BD, et qui travaille, pour l’instant, avec le groupe Flammarion (Casterman, Jungle ou Audie/Fluide Glacial) et avec Soleil.
  • Forecomm qui annonce un catalogue de 200 titres issus de divers catalogues d’éditeurs « papier ».
  • DigiBiDi qui est un éditeur qui propose des lectures en location, sur ordinateur ou iPhone, pendant une durée limitée qui peut aller jusqu’à 3 jours.
  • Choyooz, marque ombrelle de Extra Live (société de solutions de jeux vidéo pour téléphone mobile), dont la spécificité est de produire pour toutes les formes de mobiles et pas seulement pour les iPhones.
  • ou encore les bibliothèques numériques disponibles sur le désormais traditionnel Le Kiosque.fr, principal concurrent de Relay.com…

Alors que les opérateurs se multiplient, l’édition (principalement le groupe BD du Syndicat National de l’Édition) commence à baliser le terrain de la distribution numérique ; ceci afin de proposer face aux grands opérateurs internationaux (Google en particulier) une plateforme ou une solution technique commune. Voilà qui va nécessiter de nouveaux métiers, de nouvelles pratiques ou de nouvelles règles économiques et juridiques.

Mais les acteurs du secteur se sont déjà confrontés à ces problématiques car ils ont toujours développé une énorme activité secondaire ou dérivée, même si ce sujet brûlant suscite toujours des différends avec les auteurs : la stimulation de la consommation de bandes dessinées due aux nombreuses exploitations télévisées, cinématographiques ou publicitaires (films, dessins animés, jeux vidéo…), le fait que le 9e art soit toujours autant courtisé par les autres industries du loisir (lui amenant ainsi de nombreux nouveaux lecteurs), et que de nombreux projets soient en cours de réalisation, est là pour le démontrer.

C’est donc entre inquiétude et enthousiasme que l’univers de la bande dessinée continue d’investir le monde du virtuel, même si ce dernier reste encore, la plupart du temps, une simple étape pour un unique but final : le livre ; l’économie de ce dernier restant largement dominante, du moins pour le moment.

Côté livre, justement, une tendance de fond est la mise en cases des classiques de la littérature : autre preuve qu’en temps de crise, on se réfugie vers des valeurs sûres qui rassurent le consommateur. En 2009, 179 titres ont résulté d’une adaptation d’une oeuvre littéraire (soit 4,97% des nouveautés contre 154 et 4,29% en 2008).

Et comme les titres qui marchent le mieux sont ceux qui sont développés sur plusieurs médias, les éditeurs se mettent au tempo du « média-mix » en proposant des multi-supports : livres accompagnés de DVD, jeux vidéo, figurines ou CD (à l’instar des pionniers que sont  !éditions ! et BDMusic appelé jusqu’alors Nocturne, nom de son ancien distributeur). Pour ce faire, ils passent par des filiales spécialisées (telles celles de Média-Participations avec Anuman Interactive et Citel Vidéo), ouvrent carrément de nouveaux départements (l’éditeur de jeux vidéo Ubisoft se lançant avec la maison d’édition Les Deux royaumes) ou s’associent avec diverses sociétés multimédias à l’instar d’Ankama (société qui a explosé grâce à “Dofus”, son jeu vidéo massivement multijoueurs en ligne, et qui se diversifie avec différents labels et filiales inventives comme CFSL Ink).

Arrivant sur le marché français en acquérant 2 éditeurs d’animation asiatique (Kaze et Anime Virtual), les géants japonais du manga ShoPro, Shogakukan et Shueisha font même du « média-mix » le coeur de leur stratégie en prenant le contrôle d’Asuka et s’apprêtant à lancer des nouveaux ouvrages en français, exploités sous différents supports, par l’intermédiaire de Viz Media Europe.

Commentaires
Partagez vos commentaires à propos de cet article, que ce soit en mode anonyme ou connecté!

Qui êtes-vous ?
Se connecter

Dans la même rubrique
Le Spirit : Résurrection (Darwyn Cooke & Jeph Loeb) – Panini Comics
Ce recueil de 5 histoires porte bien son nom puisqu’il s’agit véritablement du retour du Spirit dans le monde de la bande dessinée américaine. Le Spirit, créé par Will Eisner à la charnière des années (...)
Parc à thème Spirou : Les premières vues
Moins d’un mois après l’annonce de la création d’un parc à thème dédié à Spirou, le blog des éditions Dupuis vient de livrer les vues de quelques attractions, agrémentées de précisions bien utiles. (...)
Pascal Bresson (Plus fort que la haine) : « C’est un métier de copinage »
Alors que l’album Plus fort que la haine vient de sortir en librairie, Hervé Beilvaire a rencontré son scénariste Pascal Bresson. L’occasion de parler franchement et sans langue de bois d’un métier (...)
Quai des Bulles 2012 en photos : ce que vous n’avez peut-être pas vu
(1) Du croquis à la planche : une pin-up plus vraie que nature a joué le rôle de modèle pour les dessinateurs en herbe (2) Le dessinateur Sean Phillips (à droite), contemplait l’exposition qui lui (...)
Suivez-nous!
La newsletter BD du vendredi