« Girls » ou les chroniques d’une petite bourgade supposée tranquille.

Publié le vendredi 23 mars 2007 par Cyril Durr. Mis à jour le 23 mars 2007 à 22h24.

Pennystown est une petite ville américaine comme il en existe tant, où tout le monde se connaît et où les ragots vont bon train. L’existence d’Ethan, épicier de son état, ne fait pas exception à la règle et ce n’est pas les soirées désespérantes, passées à se ridiculiser au bar du coin, qui y changeront quelque chose. Et pourtant...alors qu’Ethan rentre chez lui en pleine nuit, il va faire une rencontre pour le moins peu commune. Là, au milieu des bois, se tient une jeune fille. Entièrement nue et apparemment en état de choc. Galanterie oblige, le jeune homme porte secours à cette demoiselle et va même jusqu’à l’héberger (et coucher avec elle par la même occasion, après tout, autant allier l’utile à l’agréable). Seulement, le lendemain matin, au réveil, voilà qu’Ethan s’aperçoit que la belle inconnue a pondu des oeufs dans sa salle de bain, ce qui, vous l’avouerez, ne se fait pas lorsque l’on est bien élevé.

Le début est original et la suite l’est tout autant. Ces mystérieuses filles dénudées sont peu farouches avec les hommes mais se transforment en tueuses sanguinaires dès qu’elles aperçoivent une présence féminine. Les premières morts violentes ne tardant pas à arriver, la populace de Pennystown se rend compte avec effroi qu’elle est prise au piège et doit se résoudre à faire face, seule, à la menace.

Les frères Luna avait déjà connu un certain succès avec Ultra, une série parodique sur les super-héroïnes, et ont depuis été recrutés par Marvel (pour notamment illustrer le Spider-Woman : Origins de Bendis) mais c’est avec ce Girls qu’ils montrent véritablement de quoi ils sont capables.
Pas de super-héros cette fois ici mais plutôt du paranormal et une ambiance à la fois inquiétante et drôle. Les villageois sont dépeints avec férocité, la petite bourgade campagnarde devient vite également presque un personnage central (les habitants ne pouvant plus en sortir pour une raison que je ne dévoilerai pas) et le suspens est bien mené.

Les deux frères se partagent le travail. Joshua Luna s’est occupé du scénario et Jonathan Luna du dessin et de la colorisation. Cette dernière est magnifique, tout en pastels brunâtres et inquiétants. Par contre, si les décors sont parfaitement rendus, Jonathan semble avoir un problème avec les visages. Ceux-ci sont plutôt simplistes et souvent, avouons-le, ratés. Les cheveux et autres moustaches ressemblent à des postiches que l’on aurait maladroitement posés à la va-vite mais, plus grave encore, l’on a même du mal à déterminer l’âge et le sexe d’un personnage tant cela manque de caractère et de finition. C’est regrettable car c’est bien là le seul défaut (que certains jugeront minime mais qui se devait d’être signalé) d’une histoire habilement ficelée et brillamment dialoguée.

Si vous aimez Stephen King ou X-Files et que vous souhaitez quitter les rues de Manhattan (souvent suremployées dans certains comics) pour les chemins de terre de l’Amérique profonde, ce thriller mâtiné d’humour devrait vous convenir. C’est en tout cas une vraie réussite (dont je ne serais pas étonné qu’elle finisse un jour au cinéma).

Girls, 4 tomes (dont deux déjà parus en VF)
Scénariste : Joshua Luna
Dessinateur : Jonathan Luna
Editeur : Image Comics / Delcourt
Bonus de l’édition française : Covers originales, carte de Pennystown

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