Chronique Chiisakobé (Minetaro Mochizuki) - Le Lézard noir

Publié le mercredi 30 novembre 2016 par Lester Bang. Mis à jour le 30 novembre 2016 à 21h28.

Après avoir connu le succès avec sa série fleuve Dragon head, une série post apocalyptique commencée en 1995, Mochizuki revient au devant de la scène (Chiisakobé connaissant un succès qui ne se dément pas dans l’hexagone) plus aguerri et surtout plus libre avec une œuvre aux antipodes de ses débuts, plus poétique.
Une œuvre qui aurait pu être écrite par un jeune Jiro Taniguchi contemporain.

Synopsis

Japon 21ème siècle, de retour dans sa ville natale alors qu’il profitait d’une année sabbatique à voyager, Shigeji revient dans sa ville natale contraint par un drame, le décès de ses parents.
Shigeji fait fi de ses aspirations et reprend les rênes de l’entreprise familiale mais tout ne se passe pas comme prévu...

Scénario

Chiisakobé T4 (Minetaro Mochizuki)

Fan de super héros, de fresque historique, de combats endiablés, passez votre chemin, le lecteur se voit offrir ici des pages propres à la contemplation. De nombreuses cases s’attardant par exemple plus à la description en image des différents ustensiles nécessaires à la cuisine nippone plutôt qu’à faire avancer le scénario proprement dit.
Nous sommes ici face à des histoires d’amour au pluriel, histoires d’amour entre un homme et une femme, entre un fils et ses parents et enfin entre deux « adulescents » et des enfants.
Malgré cette lenteur apparente Chiisakobé se révèle être un véritable « page turner » dans le bon sens du terme, le lecteur se retrouve tiraillé entre la contemplation de chaque case et l’envie de savoir oùnous mène cette fresque tirée d’un livre prenant initialement place dans le Japon de l’ère Edo (17-19eme siècle)

Graphisme

Définitivement le point fort de cette œuvre, les dessins de Mochizuki ont grandement évolué depuis Dragon Head. Ici nous contemplons les dessins d’un maître de la ligne claire attentif à chaque détail, vestimentaire, culinaires, architecturaux... bref nous sommes immergés dans la peau de n’importe quel tokyoïte ! Une œuvre graphique définitivement ancrée dans le réel où les plans et les cadrages nous rappellent le cinéma d’Ozu où le silence des protagonistes en dit plus long que n’importe quelle phylactère. Le dessin a définitivement pris le relais et s’impose face aux mots afin de faire avancer l’histoire.

Chiisakobé T3 (Minetaro Mochizuki)

Il manquait une œuvre « hipster » au pantheon du neuvième art et elle nous vient du pays du soleil levant. Pourquoi hipster tout d’abord car les hipsters sont par définition nostalgiques d’un certains art de vivre issu du passé, éloigné de la vie stressante de nos sociétés capitalistes, attaché au « vintage » en général. En adaptant et en transposant l’histoire du romancier Shûgorô Yamamoto (1903-1967) de l’ère Edo à notre ère, Mochizuki est totalement dans cette dynamique de réappropriation par la jeunesse contemporaine d’éléments de notre histoire culturelle (vêtements, livres, films, architectures, meubles et j’en passe...). J’en veux pour preuve le héro Shigeji habillé à la mode hipster. Je dirais même qu l’auteur fait preuve dans cette œuvre de tics propre à ce « courant », l’épure, les ourlets, les chaussures richelieus, de jeunes protagonistes blancs mais aussi et surtout la barbe !

Bref, ne passez pas à coté de ces ouvrages (quatre tomes en tout) qui réconcilieront les plus sceptiques d’entre nous (s’il en reste) avec les œuvres proposées par des auteurs nippons. Non le manga ce n’est pas qu’Albator ou Dragon Ball, il faut désormais compter (entre autres) avec Chiisakobé.

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