A l’occasion de la sortie de son nouveau livre Les Culottées, Pénélope Bagieu s’est vu offrir la parole par le collectif Femmes 3000 lors d’une rencontre - dédicace au café de Flore, ce mardi 20 septembre. Retour sur une soirée riche en belles idées et en bonnes bandes dessinées.

Si Pénélope Bagieu a fait ses crocs sur la toile avec son blog Ma vie est tout à fait fascinante, elle dispose maintenant d’une bibliographie de plus en plus fournie, dont sa série Joséphine récemment adaptée au cinéma, ou le roman graphique California Dreamin’ relatant sur 300 pages la vie de Mama Cass, chanteuse du fameux groupe de folk The Mamas and the Papas. Elle a également publié plusieurs albums avec des noms connus de la bande dessinée française (La page blanche avec Boulet ou Stars of the stars avec Joann Sfar). Elle ne fait pas non plus mystère de son engagement, que ce soit dans les domaines du féminisme ou de l’écologie.

Le projet des Culottées semble donc être la continuité naturelle de son travail. Constatant la quasi invisibilité des femmes qui ont marqué le monde et leur absence flagrante des livres d’Histoire et de la culture générale classique, elle s’est attelée à la tâche de publier, chaque semaine, le portrait d’une femme qui a décidé de n’en faire qu’à sa tête, a mené sa vie à son idée et a, ce faisant, fait bouger les lignes et fait avancer les choses pour les femmes. L’entretien et la séance de questions-réponses qui ont eut lieu à l’occasion de cette soirée nous ont permis d’en apprendre un peu plus au sujet de l’auteure, de sa bande dessinée et de ses projets futurs.

Les Culottées : le projet

Pénélope Bagieu explique avoir déjà établi une liste d’une quinzaine de noms avant de se lancer dans le projet, pour être sûre qu’il tiendrait la route assez longtemps, et avoir eu peur au début de ne pas trouver assez de matière pour faire deux albums. Elle s’est cependant aperçue avec le temps et au fil de ses recherches que les femmes dignes d’intérêt étaient nombreuses, mais "mal marketées". Il est plus rare de voir quelqu’un s’intéresser à leur histoire, à se documenter sur elles, à faire des recherches qui aboutiront à des livres, des films ou n’importe quel travail qui permettrait de retenir son nom. Elle explique ainsi qu’elles étaient au départ plus difficile à trouver, et que c’était souvent par des chemins detournés, par exemple en lisant la biographie de quelqu’un d’autre, qu’elle se rendait compte que tel personnage de femme en arrière-plan avait en fait fait des choses tout à fait extraordinaires, et qu’il y avait matière à écrire quelque chose sur elle.
Elle explique également que petit à petit, elle a appris à voir les choses de façon différente, et à être plus consciente de la place des femmes et du rôle qu’elle peuvent jouer, que ce soit au niveau local ou historique, dans une profession, ou simplement dans leur communauté. Les Culottées nous parlent ainsi d’impératrices, de guerrières, de scientifiques ou d’athlètes, d’héroines mortes en martyres aussi bien que de femmes qui ont tout simplement mené leur vie à leur idée, au mépris des conventions sociales de leurs époques.

Une bande-dessinée prépubliée sur internet

Les Culottées ont la particularité d’avoir été dans un premier temps prépubliées sur internet, au rythme d’une histoire par semaine, sur un blog hébergé par le journal Le Monde. Interrogée sur ce format particulier, l’auteure explique l’avoir choisi en sachant que les contraintes de délai hebdomadaire l’obligeraient à avancer vite, et permettraient à ce projet de voir le jour rapidement. Elle a également expliqué que c’était un format très intéressant pour auteur, car il permet d’avoir rapidement des retours sur son travail, et de se sentir légitimé et encouragé. Échanger des commentaires avec les lecteurs lui a également permis de trouver de nouvelles idées pour son projet, et certains des portraits de femmes prévus dans le deuxième volume lui ont d’ailleurs été suggérés de cette façon.

Une auteure engagée

Impossible bien sur de parler des Culottées sans s’intéresser aux thèmes que la bd veut mettre en avant, la place des femmes, les difficultés qu’elles rencontrent, la force dont elles ont besoin pour faire bouger les choses. Pénélope Bagieu parle également de la situation des femmes dans le monde de la bande dessinée, un milieu où il est souvent difficile pour elles de se faire une place ou de sortir de la case "bd pour femme" dans laquelle on voudrait les cantonner. Elle reste positive cependant, en soulignant que les choses commencent à changer, avec l’arrivée d’une nouvelle génération comprenant beaucoup de filles qui ont lu de la bande dessinée et qui veulent en faire, et qui ne perçoit plus la bande dessinée comme une truc "de garçons". L’auteure a évoqué également les événements qui se sont déroulés cette année durant le festival d’Angoulême, où la sélection presque entièrement masculine pour le Grand Prix avait engendré de vives protestations dans l’univers du Neuvième Art, pour finalement aboutir à la création du collectif BDEgalité, chargé de promouvoir la place des femmes dans la BD. Pénélope Bagieu souligne que le collectif leur a également permis de se rendre compte qu’elles étaient en fait assez nombreuses dans le métier (entre 25 et 30% des auteurs), et qu’en s’unissant elles pouvaient avoir un certain impact et faire bouger les choses.

Futur projets

Son travail sur les Culottées étant bientôt terminé (avec trois portraits à publier sur le blog et un tome 2 prévu pour janvier), elle sera bientôt à nouveau disponible pour nous préparer de nouvelles sorties. Si elle annonce n’avoir pas encore de projet précis en tête ("autre chose que des biographies !" a-t-elle précisé), et qu’elle avoue vouloir avant tout prendre des vacances, on ne peut au vu de ses précédentes publications qu’être impatients de savoir ce qu’elle nous réserve...

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