Catwoman : La règle du jeu (Judd Winick et Guillem March) – Urban Comics

Catwoman : La règle du jeu (Judd Winick et Guillem March) – Urban Comics
Rubrique Dossiers
Publié le jeudi 26 juillet 2012 par
MAJ jeudi 26 juillet 2012 à 15h10min

Depuis quelques années maintenant l’univers de Batman subit une sévère reprise en main, notamment en faisant entrer les héros de la saga (des sagas devrais-je dire) dans une ère de violence et de noirceur encore jamais atteinte jusque-là. A l’image de la trilogie cinématographique de Christopher Nolan nous sommes désormais bien loin de l’innocence bon enfant qui prévalait jusque dans les années 80, même si des Neal Adams, des Frank Miller ou des Todd McFarlane avaient déjà entamé de sérieux changements. Aujourd’hui le monde réel paraît nettement plus dur au quotidien (même si ça n’a jamais été le monde des Bisounours non plus), les auteurs DC Comics ne pouvaient évidemment pas faire l’impasse sur ces changements drastiques de société. C’est d’ailleurs vrai aussi chez Marvel, les deux grandes maisons d’édition se mettant au diapason des éditeurs indépendants qui leur taillent de sérieuses croupières depuis deux bonnes décennies maintenant.

Avec la licence accordée à l’éditeur Urban Comics le lectorat français entre de plain pied dans ces nouvelles aventures, les principaux personnages de l’univers Batman bénéficiant, comme avant, de leurs propres séries, à commencer par Catwoman, peut-être la plus emblématique de toutes... après le Dark Knight lui-même. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la vie de Selina Kyle est un tantinet compliquée.

Côté cœur tout d’abord, celui de Selina ne semble plus battre que pour Batman. Cela fait déjà quelques années que les auteurs DC ont esquissé une romance poussée entre les deux héros. Le scénariste Judd Winick et le dessinateur Guillem March vont aujourd’hui plus loin, n’hésitant pas à nous faire clairement savoir que Batman et Catwoman couchent ensemble. Sauf que, évidemment, ils ne peuvent décemment pas le faire dans un lit, de manière banale et conventionnelle, leurs ébats prenant place le plus souvent sur les toits de Gotham, et en costume, tant qu’à faire. Du coup on ne peut s’empêcher d’y voir une symbolique SM que le cuir arboré par nos deux héros depuis leurs débuts laissait déjà entrevoir de longue date (souvenez-vous des rapports un peu troubles déjà initiés par Tim Burton dans ses propres films, que ce soit entre Batman et Catwoman, déjà, ou entre Robin et Batgirl dans le dernier volet de la tétralogie supervisée par l’esprit le plus torturé de Hollywood). Il y a juste un léger problème dans cette relation hors norme. Si Batman sait parfaitement que Catwoman et Selina Kyle ne sont qu’une seule et même personne, son amante, elle, ne connaît toujours pas la véritable identité de son chevalier masqué, bien qu’elle ait déjà eu largement accès à la Batcave par exemple, mais jamais via le manoir Wayne, toujours par une issue secrète. Second problème, si Catwoman est désormais peu ou prou du côté du « bien » (relisez ses aventures au sein des Birds Of Prey), elle n’en a pas pour autant complètement abandonné ses activités à la limite du côté plus obscur de la légalité, ce que Batman ne saurait souffrir. Du coup, la relation entre les 2 amants tourne aussi, parfois, à une confrontation qui n’a franchement plus rien de passionnelle. Et l’on revient dès lors à la symbolique SM évoquée plus haut. Il y a donc gros à parier que nous ne sommes pas près de voir ces deux là vivre un jour heureux et avoir beaucoup d’enfants.

Surtout que, dans l’album qui nous intéresse aujourd’hui, Catwoman se retrouve vite plongée dans un imbroglio inextricable duquel il semble qu’elle aura bien du mal à se sortir. Dès qu’elle paraît se tirer d’un mauvais pas, c’est pour retomber sur un autre problème, souvent plus gros que le précédent. C’est ce qu’on appelle tomber de Charybde en Scylla. Tout commence quand trois visiteurs font irruption dans l’appartement de Selina et le font tout simplement exploser, Catwoman ayant juste le temps de s’enfuir en emportant ses chats, son fouet et sa combinaison. Ouch ! Outre le fait que quelqu’un a réussi à la localiser, et donc, au passage, à découvrir sa véritable identité, notre héroïne se retrouve fort démunie. Elle trouve refuge chez une amie, sa receleuse. En fait notre brave Selina a sérieusement énervé un nouveau super-vilain, un truand du nom de Louis Ferryman, qui se fait appeler l’Os, qui est en train de gravir à vitesse supersonique tous les échelons de la pègre de Gotham, et qui semble avoir un don pour retrouver sa trace puisque, après avoir fait détruire son appartement, il assassine également Lola, l’amie chez qui Catwoman avait trouvé refuge. Mais à peine Catwoman est-elle parvenue à se débarrasser de l’Os que c’est la police qui lui tombe dessus alors qu’elle est en train de brûler toutes les preuves qui pourraient l’impliquer dans les activités de receleuse de Lola. Bien qu’elle parvienne une nouvelle fois à s’en sortir, désormais elle n’est plus seulement une voleuse aux yeux de la police, mais aussi une meurtrière puisque tout laisse à penser que c’est elle qui a tué son amie. Et comme si ça ne suffisait pas elle se retrouver également aux prises avec Allonge, une méta-humaine qui a le pouvoir de générer des rayons anti-gravité. Il se trouve qu’Allonge est en fait de mèche avec des policiers ripoux qui finissent par mettre la main sur notre héroïne, celle-ci les ayant délesté d’une belle somme d’argent provenant d’un trafic parallèle. Et si elle parvient une nouvelle fois à s’en tirer, c’est pour tomber sur un Batman plutôt furieux des récents coups foireux de son ancienne amante.

C’est là-dessus que se termine ce premier volume, Selina trouvant refuge chez une autre ancienne amie et receleuse... qui ne la connaissait pas en tant que Catwoman mais à qui elle est bien obligée de révéler son identité secrète. Et quand on sait ce qu’il advint de Lola... Autant dire que notre pauvre Catwoman se retrouve avec pas mal de monde aux trousses. Ce qui augure d’un deuxième volume à venir passionnant.

Pour se mettre au diapason du scénario pour le moins brutal de Judd Winick, Guillem March se fend d’un dessin hyper réaliste où les combats sont d’une rare violence, le sang gicle de partout, les coups laissent des traces, et tout le monde finit par laisser exploser sa colère face à ce déluge de sauvagerie, Catwoman la première, notamment quand elle s’acharne sur l’Os, ce dernier n’étant sauvé d’une issue fatale que par l’intervention de Batman. On a de plus en plus l’impression que la folie qui règne sur Gotham depuis tant d’années finit par déteindre sur ses habitants, qu’ils soient héros ou anonymes. En même temps, si on vivait nous-mêmes dans un tel environnement, comment ferions-nous pour ne pas nous laisser emporter ?

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