Sarjakuva 2026 : quand la BD finlandaise débarque en France comme un vent venu du Nord

Publié le vendredi 6 mars par Lino Topo. Mis à jour le 6 mars à 17h42.

En 2026, la bande dessinée finlandaise va souffler sur la France comme une bourrasque venue des forêts d’Helsinki. Son nom de code : Sarjakuva 2026, une année entière consacrée au 9ᵉ art finlandais, avec expositions, rencontres, publications et festivals un peu partout dans l’Hexagone. Autant dire que pour les amateurs de BD curieux – ceux qui aiment sortir des sentiers battus de la ligne claire ou du franco-belge classique – l’année s’annonce aussi dépaysante qu’une aventure de Corto Maltese sous les aurores boréales.

Une scène discrète mais redoutablement inventive

La BD finlandaise ne fait pas toujours la une des librairies françaises, mais elle s’est imposée ces dernières années comme l’une des scènes les plus libres et inventives d’Europe. Liberté formelle, thématiques engagées, hybridations graphiques : là-bas, les auteurs expérimentent sans trop se soucier des règles du marché. Dans un pays de 5,5 millions d’habitants où la BD représente une part modeste de l’édition, la création se fait souvent hors des radars commerciaux – mais avec une énergie remarquable.

Le résultat ? Une galaxie d’artistes aux styles radicalement différents, nourris autant par la BD indépendante américaine que par la nouvelle bande dessinée française. Un cocktail où l’on croiserait, dans la même soirée, l’esprit de Chris Ware, l’ironie d’un Lewis Trondheim et l’audace graphique d’un collectif underground.

Depuis les années 2000, près de 130 titres finlandais ont été publiés en français, par une quarantaine d’éditeurs, de Casterman à l’Association en passant par Misma ou La 5 Couche. Une présence discrète, mais de plus en plus solide dans le paysage éditorial francophone.

Une année de festivals pour découvrir la BD venue du Nord

Plutôt qu’un événement unique, Sarjakuva 2026 se déploiera à travers plusieurs rendez-vous majeurs de la bande dessinée.

Premier arrêt : BD à Bastia (26–29 mars 2026). Le festival corse accueillera une exposition collective intitulée Ei kenenkään lieassa – Sur le seul papier, je suis libre, réunissant six auteurs finlandais, dont Juliana Hyrri, Ville Ranta ou encore Ulla Donner. Installations, peintures, gravures et planches originales y composeront un parcours immersif conçu comme une invitation au voyage graphique.

Kuti #73
Fondé en 2005, Kutikuti est devenu l’un des fleurons les plus reconnus de la scène BD finlandaise à l’international. Le collectif est composé de 65 membres qui créent, enseignent et publient.
Kutikuti

Au printemps, direction Aix-en-Provence, où les Rencontres du 9ᵉ Art consacreront une grande exposition au collectif Kutikuti. Au programme : les 81 couvertures du magazine Kuti, véritable laboratoire de la BD finlandaise contemporaine. Une explosion visuelle qui promet de rappeler qu’en matière de créativité, la Finlande ne se contente pas de fabriquer des saunas et des groupes de metal.

À la rentrée, Formula Bula à Paris (25–27 septembre) prendra le relais avec un focus sur plusieurs figures majeures de la scène finlandaise, de Tommi Musturi à Aapo Rapi en passant par Emmi Valve. Performances, projections, ateliers : le festival promet un aperçu aussi complet que joyeusement indiscipliné de cette création nordique.

Le festival BD Colomiers (20–22 novembre 2026) participera lui aussi à cette traversée nordique. Depuis plus de quarante ans, ce festival curieux et exigeant explore les nouvelles tendances de la bande dessinée contemporaine, avec une attention particulière portée à l’édition indépendante et aux jeunes auteur·rices. Expositions, rencontres et performances y composent un programme dense, fidèle à l’esprit du lieu : regarder ce qui se dessine aujourd’hui pour mieux deviner la BD de demain. Dans le cadre de Sarjakuva 2026, la scène finlandaise y trouvera naturellement sa place, au cœur d’un événement qui cultive depuis toujours l’ouverture et la découverte.

Enfin, l’année se conclura notamment à l’Institut finlandais de Paris, avec une exposition consacrée à Juliana Hyrri et un programme mêlant films, rencontres et librairie éphémère dédiée à la BD finlandaise.

Des autrices très présentes

Autre particularité notable : la forte présence d’autrices sur la scène finlandaise. Depuis les années 1990, elles explorent sans détour des sujets comme l’identité, la sexualité, la mémoire ou les questions sociales, souvent dans des récits autobiographiques ou très personnels. Certaines, comme Hanneriina Moisseinen ou Emmi Valve, ont déjà été récompensées par le prix Artémisia en France.

Cette diversité thématique et graphique explique sans doute pourquoi la BD finlandaise intrigue autant les lecteurs étrangers : elle explore volontiers les zones grises de l’intime, les tabous et les marges, là où d’autres traditions restent parfois plus sages.

Un journal et un livre pour compléter l’exploration

Sarjakuva 2026 ne se contentera pas d’expositions et de festivals. Deux publications accompagneront cette plongée dans la création nordique.

D’abord Palapeli, un journal collectif gratuit rassemblant des bandes dessinées inédites de treize auteurs finlandais. Un puzzle – c’est le sens du mot en finnois – où chaque contribution vient compléter une image d’ensemble de la BD contemporaine du pays.

Ensuite, un ouvrage de référence : Plein les yeux – La nouvelle bande dessinée finlandaise, du journaliste Harri Römpötti, attendu à l’automne 2026 chez PLG. Un livre d’entretiens qui promet d’être le premier panorama international consacré à cette scène encore trop méconnue.

Derrière le projet, une passeuse

À l’origine de cette grande année franco-finlandaise : Kirsi Kinnunen, traductrice et infatigable ambassadrice de la BD de son pays. Installée en France depuis plus de vingt ans, elle a contribué à faire traduire près d’une centaine d’albums finlandais. Autant dire que si la BD venue du Nord trouve aujourd’hui sa place dans nos librairies, c’est en grande partie grâce à elle.

En somme, Sarjakuva 2026 promet une immersion dans une bande dessinée qui ne ressemble à aucune autre : libre, audacieuse, parfois déroutante. Une exploration idéale pour ceux qui pensent que la BD ne se limite pas à Astérix et aux super-héros.

Et puis, entre nous : si la Finlande est déjà le pays le plus heureux du monde, c’est peut-être aussi parce qu’on y lit de sacrément bonnes BD.

Commentaires
Les commentaires anonymes sont autorisés.
Chaque commentaire est vérifié par la rédaction avant d'être publié.
Dans la même rubrique
La boutique d'Astérix
La boutique d’Astérix
Les éditions Albert René ont choisi l’entreprise Spreadshirt pour la personnalisation de vêtements et d’accessoires en ligne. Consulté par curiosité, on s’aperçoit qu’il existe une centaine de (…)
Spirou et Fantasio au cinéma ?
Spirou et Fantasio au cinéma ?
Alors que Boule et Bill, Lucky Luke et bientôt Benoît Brisefer passent par le grand écran, ce n’est pas le cas de Spirou et Fantasio. Est-ce que ce sera réparé ? C’est peut-être le cas puisque le (…)
Angoulême 2017 : L'obélisque dévoilé par Anne Goscinny
Angoulême 2017 : L’obélisque dévoilé par Anne Goscinny
Il pèse sept tonnes pour 4,5 mètres de haut, et il s’agit d’ailleurs du plus haut monument européen dédié à la bande dessinée, si l’on en croit le maire d’Angoulême Xavier Bonnefont. L’obélisque (…)
La série Marzi reçoit le Prix BD 2010 des lecteurs Libération – Virgin Megastore
La série Marzi reçoit le Prix BD 2010 des lecteurs Libération – Virgin Megastore
C’est finalement Marzi, l’intégrale T2 de Marzena Sowa et Sylvain Savoia aux éditions Dupuis qui aura recueilli les suffrages des lecteurs du quotidien Libération et des clients de Virgin (…)
Note des internautes
0/5 0 vote
Cités dans cet article
Aapo Rapi Emmi Valve Hanneriina Moisseinen Juliana Hyrri Tommi Musturi Ulla Donner Ville Ranta
A lire également
Statistiques
132950 albums et 66768 numéros de périodiques dans notre base de données