Batman Ego et Catwoman : Le gros coup de Selina (Darwyn Cooke) – Panini Comics

Publié le lundi 24 novembre 2008 par Lionel Dekanel. Mis à jour le 24 novembre 2008 à 04h47.

Si Batman n’a, hélas ! plus vraiment les honneurs des rayons des maisons de la presse (quelle idée de mettre Batman et Superman dans la même revue !?!), Panini Comics continue néanmoins de faire paraître les aventures du Chevalier Noir en librairie. C’est déjà ça.

Cette nouvelle livraison revêt une forme un peu particulière puisqu’elle est en fait consacrée au scénariste-dessinateur Darwyn Cooke avec 2 aventures, une de Batman, l’autre de Catwoman. Cet album est donc un split-album, ce qui, au demeurant, n’est pas particulièrement gênant. On reste dans le monde du Justicier Masqué de Gotham, c’est l’essentiel.

La première histoire met donc en scène Batman, aux prises avec… lui-même. Alors qu’il poursuit Buster Snibbs, un demi-sel au service du Joker qui vient de doubler son patron de 400 000 dollars (on comprend qu’on puisse craquer devant une telle somme), le héros ne peut empêcher l’apprenti truand de se jeter du haut d’un pont. Chute mortelle évidemment, qui bouleverse d’autant plus Batman que Snibbs lui a avoué, juste avant de sauter, qu’il venait également de tuer sa femme et sa fille. Ce double meurtre et ce suicide étant motivé par le fait que Snibbs avait finalement pris conscience que le Joker finirait, de toute façon, par le retrouver dès sa prochaine évasion d’Arkham, inéluctable, et que, dès lors, le sort de sa famille serait probablement encore beaucoup moins enviable.

Blessé et impuissant face au désespoir de Snibbs, Batman rentre à la Batcave, redevenant Bruce Wayne. Mais un Bruce Wayne dès lors interpellé par un fantôme qu’il ne connaît que trop bien… Lui-même… Ou plutôt son alter-ego sombre : Batman.

S’engage alors un dialogue entre Bruce et Batman au cours duquel le premier tente de justifier ses actions, et ce depuis la mort de ses parents (au passage Darwyn Cooke en profite pour nous faire partager quelques moments d’intimité familiale entre Thomas, Martha et le petit Bruce Wayne, comme le dernier Noël de la famille avant que celle-ci ne soit décimée dans Crime Alley), alors que le second tente de persuader son « créateur » qu’il n’est en fait qu’un tueur qui s’ignore, arguant notamment de sa volonté de ne pas mettre définitivement hors d’état de nuire des tueurs psychopathes comme le Joker, le Pingouin ou Pile Ou Face, ce qui, indirectement, provoque la mort des dizaines ou des centaines d’innocents qui, par un funeste hasard, finiront par croiser la route de ces super-vilains, ceux-ci semblant destinés à éternellement fausser compagnie aux gardiens d’Arkham et donc ainsi recommencer leurs activités crapuleuses, avec souvent une cruauté accrue par leurs différents séjours à l’asile.

Darwyn Cooke aborde là la vraie nature schizophrène de Batman/Bruce Wayne et pose une question que beaucoup de lecteurs se sont posée avant lui : Comment Batman parvient-il à ne pas succomber à la tentation d’éliminer définitivement un Joker par exemple, alors que celui-ci, purement gratuitement, vient de tuer une bonne demi-douzaine d’innocentes victimes ? Accessoirement, c’est aussi une question beaucoup plus générale qui est alors posée, celle de savoir si une société doit vraiment avoir recours à tous les moyens, y compris le plus extrême d’entre eux, la peine de mort, pour se protéger. Cooke n’apporte pas de réponse, ce qui, convenons-en, aurait été assez déplacé, mais se contente de faire repartir Batman à la traque aux criminels au volant de sa Batmobile, les dits criminels n’étant d’ailleurs bien souvent que de petits malfrats sans envergure, les super-vilains ne courant pas non plus les rues, même à Gotham.

Dans cette histoire le dessin de Cooke est très torturé, l’ambiance est lourde, l’atmosphère est sombre, pesante, accentuant encore ce débat interne qu’on devine quasi-permanent chez Batman.

La seconde histoire a pour personnage principal Catwoman qui, complètement à cours de liquidité après un coup raté, s’apprête à voler 24 millions de dollars à un parrain de la mafia. On peut au moins reconnaître cette qualité à Selina Kyle, c’est qu’elle est culottée. Néanmoins elle sait aussi qu’elle ne pourra jamais réussir ce coup toute seule, elle part donc à la recherche d’un allié de poids, en l’occurrence Stark, son ancien mentor… Qu’elle avait pourtant proprement arnaqué au début de sa carrière de voleuse. Mais ce dernier, même s’il reconnaît ne plus pouvoir faire confiance à son ancienne élève, ne se sent pas de l’abandonner sur ce coup à haut risque, et accepte donc de l’aider. Il faut dire aussi que, non content d’avoir été son mentor, Stark fut aussi l’amant de Selina au cours de cette période d’apprentissage, et que cette passion semblait avoir été suffisamment forte pour qu’il en reste encore un petit quelque chose en chacun des 2 protagonistes, même si aucun ne l’avoue.

Selina à Gotham, et Stark entre Miami et Las Vegas, mettent donc au point ce casse du siècle, aidés en cela par 2 autres acolytes, Jeff, un jeune loup spécialiste du gadget haut de gamme, et Swifty, un receleur sur le retour, qui a d’ailleurs mis Catwoman sur le coup en lui faisant rencontrer Chantel, la petite amie de Frank Falcone, le parrain qui doit justement faire parvenir les 24 millions de dollars au Canada pour alimenter le trafic de drogue.

L’histoire, en 4 parties, est racontée du point de vue de 3 personnages différents, Selina, Stark, et Slam Bradley, un détective privé chargé de mettre hors circuit… Catwoman, mais qui finira par se rendre compte que les méchants ne sont pas forcément ceux qui paraissent l’être.

Le fait de ne pas être linéaire, de changer de lieux et de narrateurs, d’être finalement construite comme un film, fait que vous vous immergez complètement dans l’histoire. Le rythme est haletant, avec son cocktail de violence, d’humour, d’émotion (quand Bradley voit mourir Chantel dans ses bras et qu’il apprend pourquoi elle a risqué sa vie en trahissant Falcone), de rebondissements, de personnages secondaires, d’action, le dessin s’adaptant, par le style, aux différentes atmosphères. Bref, c’est sacrément efficace, et ça se lit d’une traite.

Batman Ego et Catwoman : Le gros coup de Selina
Auteur : Darwyn Cooke
Editeur : Panini Comics
Collection DC Icons
152 pages
21 euros
Parution le 9 octobre 2008

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