Publié le lundi 2 janvier 2012 par - Mise à jour de cette page le 2 janvier 2012 à 16h08min

Alesia (Silvio Luccisano et Christophe Ansar) - Assor Hist & BD

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Alesia (Silvio Luccisano et Christophe Ansar) - Assor Hist & BD

L’association Assor Hist & BD s’est donnée pour but de faire (re)découvrir l’histoire à travers la Bande Dessinée, ce qui, pour qui s’intéresse un minimum à ces deux disciplines, ne peut que se révéler fort plaisant. Au menu des précédentes productions de l’association, les Vikings, Guillaume le Conquérant, ou encore les conflits entre les rois anglo-normands et français (entre les invasions Vikings et la Guerre de Cent Ans, pour faire simple), et puis les deux premiers volumes (la série en comptera quatre au total) du « Casque d’Agris » sur les Gaulois du troisième siècle avant notre ère.

Cette dernière série est notamment due au scénariste Silvio Luccisano, archéologue féru de bande dessinée, et spécialiste de l’époque Gauloise. C’est également lui qui est à l’origine de ce nouvel album, consacré à la bataille d’Alésia, grand fantasme national (pour ne pas dire, parfois, nationaliste) depuis Napoléon III, qui a vu, dans l’énergie de Vercingétorix à vouloir rassembler les tribus gauloises, la première manifestation d’une identité française, dont l’empereur a su se servir au moment où il était en délicatesse avec la Prusse. De même il verra dans la défaite de Vercingétorix face à Jules César l’opportunité pour la Gaule d’alors (donc, dans son esprit, la France) d’accéder enfin à la Civilisation, puisqu’il était dès lors entendu que les Gaulois n’étaient jamais que des barbares. On notera que, dans le même temps, les Germains, eux, ne sont jamais tombés sous le joug Romain, ce qui ne les a pas empêchés, malgré tout, de connaître eux aussi une évolution parallèle à celle du reste de l’Europe. Mais cela, Napoléon III s’est bien gardé de le dire.

Luccisano s’est évidemment basé sur le récit fait par César lui-même de la bataille d’Alésia dans sa « Guerre des Gaules », seul témoignage disponible écrit par l’un des protagonistes. Même s’il s’agit nettement d’un ouvrage de propagande politique destiné à magnifier l’action du général auprès du Sénat et du peuple Romain, il est impossible de ne pas y faire référence. Mais le scénariste s’est aussi, et surtout, appuyé sur les recherches archéologiques les plus récentes, notamment sur le site même de la bataille, prés d’Alise Sainte Reine, en Côte d’Or, là où sera d’ailleurs ouvert, au printemps 2012, un MuséoParc destiné à faire connaître tout ce qu’on sait de cette bataille au public. Le MuséoParc est également coéditeur de l’ouvrage.

On peut donc dire qu’il s’agit du récit le plus fidèle possible, en l’état actuel des connaissances historiques et archéologiques, du déroulement de cette bataille emblématique. Et, comme toujours avec les albums de cette association, on y distille une foule de détails, de faits et d’informations historiques, qui mettent évidemment à mal la vision qui prévalait depuis le Second Empire, et qui a perduré jusque dans les manuels scolaires des années soixante ou soixante-dix.

Luccisano reste au plus près de son sujet, la bataille (ainsi que des quelques mois qui l’ont précédée), tout en racontant une histoire par l’introduction de quelques personnages imaginaires (espionne, chroniqueurs) qui font le lien entre les différents faits historiques. On passe alternativement du côté Gaulois et du côté Romain, histoire d’avoir la vision la plus complète possible des événements. Le dessin de Christophe Ansar (et de Jean-Marie Michaud, Laurent Libessart et Ludovic Gobbo pour les dernières planches) rend parfaitement compte des recherches archéologiques en matière d’habillement, d’armement, d’architecture, d’ingénierie. Pour paraphraser un célèbre Ministre de la Guerre en 1940, il ne manque pas une fibule ni une caligula aux Gaulois et Romains dépeints dans cet album. Tous les détails sont scrupuleusement reproduits, associant donc l’Histoire, avec un grand H, à l’histoire, tout court, narrée dans ces pages. Non, Vercingétorix ne gagne pas à la fin, même si les auteurs nous démontrent que sa stratégie, contrairement à ce que l’on a longtemps voulu faire croire, n’était pas si suicidaire que ça, et que le sort de la bataille, longtemps indécis, aurait fort bien pu tourner à son avantage s’il n’avait probablement pas été plus ou moins « trahi » par ses alliés Eduens, ralliés de dernière heure à sa cause, et qui, par leur attentisme assez incompréhensible, l’ont très certainement privé des forces qui lui auraient permis de concrétiser le net avantage qu’il avait sur César au plus fort de la bataille, mais on ne réécrit pas l’Histoire. Bref, on a beau connaître le dénouement, on est quand même pris par le souffle épique qui parcourt ces pages.

L’histoire dessinée fait 65 pages, et, comme à l’accoutumée chez Assor Hist & BD, l’album est complété par un cahier pédagogique de près de 20 pages qui, avec force cartes, dessins, photos d’objets trouvés sur les lieux, reconstitutions, fait un point plus détaillé sur les forces en présence et le déroulement d’un siège qui dura environ quarante jours, avec les enjeux stratégiques et politiques pour les uns et les autres, Gaulois et Romains. A noter que les auteurs ne passent d’ailleurs pas sous silence les recherches entreprises sous Napoléon III, point de départ essentiel pour les études plus pointues menées depuis une vingtaine d’années maintenant. L’aboutissement (tout provisoire, évidemment) de ces recherches, nous le tenons entre nos mains avec cet album, et nous pourrons bientôt nous en émerveiller concrètement avec l’ouverture prochaine du MuséoParc.

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