Le jour où Uderzo a laissé tomber Astérix

Publié le mardi 11 avril 2006 par Thomas Clément. Mis à jour le 11 avril 2006 à 15h16.
Astérix boude à la Une de France-Soir

Le samedi 4 juin 1994, la nouvelle tombe comme un couperet : Uderzo annonce dans le quotidien France-Soir qu’"Astérix, c’est fini !". Même si la suite des événements a prouvé qu’il n’en était rien, comme le prouve la sortie du long métrage Astérix et les Vikings ces jours-ci, nous vous proposons de revenir sur une période où l’avenir du petit gaulois était plutôt compromis.

Le personnage d’Astérix a été créé dès le premier numéro de l’hebdomadaire Pilote le 29 octobre 1959 par le scénariste René Goscinny et le dessinateur Albert Uderzo. Très rapidement, l’hebdomadaire lancé par Radio-Luxembourg est racheté par l’éditeur Georges Dargaud, qui entreprend de publier la série sous forme d’albums à partir de 1961. Le succès d’Astérix est fulgurant, tant parmi le lectorat francophone qu’ailleurs.

Uderzo annonce : "Astérix, c’est fini !"

Malheureusement, René Goscinny décède en 1977, lors d’un banal test d’endurance cardiaque. Et là, les choses se compliquent. Albert Uderzo décide de créér les éditions Albert-René (nommées ainsi en hommage à son ami qui, lui aussi, était en conflit avec l’éditeur), qui prennent en charge la publication des nouveaux albums d’Astérix, les éditions Dargaud conservant pour le moment la gestion des vingt-quatre premiers opus.

L’orage éclate réellement en juillet 1990, lorsque Albert Uderzo et Gilberte Goscinny, la veuve du scénariste, demandent par voie judiciaire la résiliation du contrat qui les lient à Dargaud. Le contentieux concerne principalement la gestion des droits étrangers des premiers albums d’Astérix, que les plaignants estiment sous-évalués par Dargaud.

A l’issue d’une longue expertise, le Tribunal de Grande Instance de Paris condamne Dargaud en 1993 à indemniser les deux auteurs, et résilie de fait le contrat qui les liaient à leur éditeur historique. Justice était rendue, et Albert Uderzo pouvait s’estimer satisfait de cette décision.

Mais Dargaud ne lâche pas le morceau et fait appel. Une réaction parfaitement compréhensible, tant cette société est dépendante du succès d’Astérix pour son propre développement (à cette époque, les seuls albums d’Astérix, pourtant maintes fois réédités, représentent plus d’un million d’exemplaires vendus par an). Et l’appel est entendu, puisque, et c’est très surprenant, Albert Uderzo et Anne Goscinny (qui a pris la relève de sa mère décédée peu avant) sont cette fois-ci déboutés de leur demande. Un rejet très mal vécu par Albert Uderzo qui ne voit plus de raisons de poursuivre les aventures de son personnage.

A la Une de France-Soir ce jour-là

Le quotidien France-Soir, dans son numéro 15 496 daté du 4 juin 1994 donne alors la parole au dessinateur qui annonce publiquement à propos de l’arrêt d’Astérix : "J’ai 67 ans. Je lui ai consacré toute mon existence. Je suis épuisé. Et puis, je ne peux plus tout accepter...", ajoutant à cela quelque commentaire sur sa "main qui fait des caprices". Une bien triste nouvelle, accompagnée de quelques déclarations, dont celle de Pierre Tchernia.

Mais la messe n’est pas dite, car la cour de cassation rejette en octobre 1996 le jugement en faveur de Dargaud. Un nouveau procès se conclus le 9 septembre 1998, donnant définitivement raison à Albert Uderzo, qui est entretemps revenu sur sa décision, publiant La Galère d’Obélix en 1996, Astérix et Latraviata en 2001 et Le ciel lui tombe sur la tête en 2005.

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