Moonshine 1 9791026812906
Volume 1

Moonshine 1

Scénariste: Dessinateur: Eduardo Risso
Parution: 27 octobre 2017

1929, les États-Unis en pleine Prohibition.
Lou Pirlo, jeune torpedo à la solde de Joe « The Boss » Masseria, est envoyé en Virginie s’assurer la collaboration d’Hiram Holt, l’un des meilleurs producteurs d’alcool de contrebande du pays. Une mission taillée sur mesure pour le jeune tueur à gages un peu trop impatient de faire ses preuves car, à sous-estimer la famille Holt, Lou s’apprête à frayer avec plus fort et bien plus effrayant que lui...

Chronique

Le monde des comics est certes représenté par les super héros, ces derniers étant la véritable tête de proue de l’industrie du neuvième art américain. Ils ne sont pas les seuls acteurs du paysage comics, bon nombre de séries sortent de ce type de récit pour offrir quelque chose de différent permettant aux lecteurs de découvrir d’autres horizons.
Urban Comics, détenteur des droits DC Comics en France, l’a bien compris avec sa collection Indies. Avec Moonshine, ils nous proposent une réécriture fantastique de l’époque de la prohibition dans l’Amérique profonde, conduite de main de maître par Brian Azarello.

L’histoire en deux mots :
En 1929, alors que la prohibition fait la richesse de la mafia américaine, un groupe d’agents du FBI se trouve en Virginie-Occidentale afin de mettre la main sur un contrebandier d’alcool.
Après quelques minutes d’errances dans des bois sombres, il tombe sur la planque recherchée. Mais à peine la découverte faite, ils se font violemment attaquer par une mystérieuse créature qui les tue sauvagement.
En parallèle, un gangster de bas étage est présent dans la région pour tenter une collaboration entre le contrebandier local et l’un des grands patrons New-Yorkais. Cette rencontre va lui faire vivre des expériences déroutantes, entre magie, violence et horreur, tout en tentant de respecter ses engagements envers son chef.

Le dessin :
Eduardo Rossi met véritablement tout son talent au service de ce formidable récit, l’utilisation de nombreux aplats noirs ancre l’album dans cette période historique. Cette utilisation judicieuse des aplats noirs donne une gestion des ombres parfaite et contribue à l’ambiance inquiétante du récit, notamment sur les scènes de nuit. Cette technique montre notamment tout son intérêt dans certains passages dans les bois, où l’auteur fait se confondre les ombres et les dangers. Le sentiment de paranoïa des personnages amplifie les préoccupations du lecteur sur ce qui est réel ou non.
Ce jeu d’ombres est amplifié par une mise en couleurs superbe sur trois tons selon les planches. Certaines pages alternent les nuances de bleu et de noir retranscrivant à merveille l’ambiance des bois en pleine nuit. La colorisation de l’album se montre particulièrement efficace, car elle n’est pas statique, ce jeu de couleurs varie souvent et montre au lecteur un danger ou décrit précisément par certains choix chromatiques le moment de la journée sans indications textuelles.
Eduardo Rossi a su apporter un soin particulier dans la réalisation de ses divers personnages. En effet, il est parvenu à croquer à merveille chaque membre de la société de l’époque, que ce soit avec ses gangsters vraiment patibulaires, ses habitants du bayou et leurs mystères ou encore avec les péquenots qui peuplent les environs. Ces derniers renvoyant un aspect inquiétant et sinistre, montrant que le protagoniste n’est à l’abri nulle part
Le dessinateur apporte encore à la richesse graphique de son tome à travers la représentation des femmes qui jalonnent l’album. Certaines ont un côté pin-up et femme fatale, et leurs jeux de regard sont époustouflants, tandis que d’autres offrent un aspect protecteur pour le héros. Une dualité qui exprime l’opposition entre le bien et du mal entre lesquels le personnage doit choisir.
En ce qui concerne le registre fantastique, l’auteur a su le représenter à merveille, que ce soit à travers la réalisation de la créature ou la retranscription de l’ambiance ésotérique des bayous. La grande force du dessinateur est d’avoir rendu avec justesse l’ambiance réaliste teintée de fantastique du récit et permettre par son trait une immersion totale dans le récit.

Le scénario :
Brian Azarrelllo parvient avec réussite à mélanger deux genres assez éloignés l’un de l’autre. Mais en jouant sur les superstitions et l’ambiance de l’époque, il parvient à créer un lien crédible entre ces derniers, plongeant le lecteur dans cet univers unique. Entre les lignes de ces deux registres s’ajoutent les codes de l’horrifique que l’auteur utilise avec parcimonie à travers le récit, à travers les onomatopées ou le choix des lieux traversé par les personnages comme des marais ou des bois sombres. Mais surtout c’est l’ambiance horrifique qui introduit le tome plongeant directement le lecteur dans une atmosphère angoissante.
Ce début de volume très accrocheur, avec une évocation fugitive de la créature, contribue à la lecture frénétique des planches de l’album tant le lecteur a envie d’en savoir plus sur cette étrange bête. Le scénariste prend tout autant de soin dans le choix du nom des gangsters de l’époque, faisant de chaque malfrat rencontré un personnages charismatiques qui apporte une grande crédibilité au récit dans cet univers. Du patron à la petite frappe, chaque personnage est admirablement retranscrit. En effet, on parvient à cerner du premier coup d’oeil grâce aux talents conjugués des auteurs, les traits de caractère de chaque personnage qui traverse le récit.
La grande force de cette intrigue est que chacun des protagonistes possède un charisme indéniable apportant énormément de corps au récit. Pourtant l’auteur a su faire preuve de justesse avec ces derniers afin que certains n’écrasent pas les autres ou qu’ils ne déséquilibrent le récit.
La grande force de ce scénario c’est l’équilibre, entre les genres, entre les personnages et dans le rythme du récit. En effet, Brian Azzarrello alterne brillamment les phases angoissantes et celles plus calmes, permettant à la fois au lecteur de souffler un peu, puis d’être surpris voire choqué la planche d’après.

Moonshine réussit l’alchimie parfaite entre les genres, cette série saura plaire autant aux passionnés de fantastique, qu’aux adeptes des séries de gangters tant ces deux univers sont retranscrits avec fidélité. De plus, la série se trouve être une excellente passerelle pour découvrir l’un ou l’autre de ces univers. Les deux auteurs livrent une prestation de haut vol dans chacun de leurs registres, faisant de Moonshine un incontournable des comics indépendant.

Par Vivien Arzul

1 édition

Moonshine 1
27 octobre 2017
Moonshine 1 9791026812906
Album 160 pages
ISBN: 9791026812906
EAN: 9791026812906
Editeur: Urban Comics
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