Publié le dimanche 27 janvier 2013 par - Mise à jour de cette page le 27 janvier 2013 à 14h57min

Interview Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez ( J’aurai ta peau, Dominique A.)

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Interview Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez ( J'aurai ta peau, Dominique A.)

Est-ce que la musique de Dominique A a influencé votre travail sur l’album (scénario, dessin, mise en place du texte, etc...) ?

Olivier Balez : Dans une certaine mesure, elle est indissociable du récit puisque c’est l’une des chansons de Dominique A. qui donne le point de départ à l’histoire (il ne faut pas souhaiter la mort des gens) et les paroles des autres chansons qui ponctuent l’album sont finalement les seules choses vraies concernant ce chanteur. Le reste étant pure fiction. Donc après, c’est tout le travail d’Arnaud et son imagination qui fait le reste.

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J’aurai ta peau, Dominique A. - Extrait 1

Pour le dessin, la musique de Dominique A. était omniprésente pendant la réalisation. Je visionnais également beaucoup de vidéos sur Youtube pour capter des mouvements propres a la gestuelle de Dominique A. : ses mouvements brusques du menton, les moulinets de ses mains, ses jeux de jambes... Même si au final, je m’en dégage pour ne pas être tributaire de trop de détails. L’idée étant d’évoquer le chanteur sans aller dans une représentation trop lourde. C’est d’ailleurs très certainement l’orientation graphique que j’ai essayé de donner en accord avec le récit d’Arnaud : Retrouver dans le dessin cette apparente simplicité qui se dégage des chansons de Dominique A.. J’ai tendance a travailler ainsi en illustration : une économie de moyen dans la représentation pour servir le plus fidèlement possible son sujet. Harmonie colorée réduite, des cadrages simples, peu de détails, etc... La couverture illustre bien cette idée je pense.

Arnaud Le Gouëfflec : Ses chansons ont servi de contraintes : par exemple, la scène dans le bowling fait référence à la chanson Bowling, sur l’album Tout sera comme avant. Et il y en a d’autres. Ça nous a amusés d’imaginer que des fans chercheront ce genre de petits détails, qui n’aident pas à mieux comprendre l’histoire, mais ça a un côté oulipien, ludique. Plus sérieusement, on a travaillé chacun de notre côté en nous immergeant dans la musique de Dominique A., pour plonger dans une ambiance. Comme ses chansons sont très imagées, ça permettait de rêver et de jouer avec des associations d’idées. 

Olivier, Est-ce le hasard ou une envie de se retrouver souvent dans une histoire où il est question d’enquête/ de polar ?

Olivier Balez : Non ce n’est pas un hasard, il s’agit bien évidemment d’un genre (le polar) que j’affectionne particulièrement. J’ai fait mes débuts comme illustrateur suite a ma rencontre avec Jean-Bernard Pouy qui m’a proposé d’illustrer le Poulpe dans Libération pendant l’été 1997. Comme Obélix, je suis tombé dedans tout petit et je tire ma force des ces lectures et des rencontres avec des auteurs de polar français de générations différentes... Dont Arnaud ! Avec son personnage très original : Johnny Spinoza et ses enquêtes aux frontières du réel.

Au cinéma, je suis fan de la première heure des films de Jacques Audiard : le polar est un formidable révélateur de l’âme humaine, de ses bassesses, de ses fragilités et des limites de la société. Un genre qui finalement englobe pas mal de thèmes d’une richesse infinie.

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J’aurai ta peau, Dominique A. - Extrait 2

Arnaud, après le jazz (Topless), la chanson des années 30 (Le Chanteur Sans Nom), voici venir la "nouvelle chanson française", La suite sera punk ? Qu’est ce qui t’attire dans ces styles musicaux pour en tirer une histoire ?

Arnaud Le Gouëfflec : Je ne prémédite rien. Disons que je baigne dans la musique toute la journée, et que l’idée de pouvoir écouter tel ou tel disque est un moteur pour se lever le matin. C’est donc naturellement que je me retrouve à parler de musique. Après, je ne suis pas vraiment un amateur éclairé de jazz, ni de chanson française, c’est simplement la curiosité qui me pousse. Et puis la musique est une galaxie de mondes avec leur propre géographie. Par exemple, le jazz, c’est un monde, qui autorise des associations idées, qui véhicule des images, des émotions particulières. Écouter de la musique et s’en servir comme carburant pour imaginer des histoires, c’est une manière de voyager. Il suffit de mettre tel disque sur la platine pour changer de planète.

Le dernier Album de Dominique A. était le 9ème, c’est la troisième collaboration entre Olivier et Arnaud, votre oeuvre est publiée le 9 janvier. Un album sous la trinité ?

Arnaud Le Gouëfflec : Toujours. Olivier et moi sommes très fans du Concile de Constantinople, au cours duquel a été instauré le dogme de la Trinité, et d’une manière générale de tout ce qui s’est passé l’année 381, tant au niveau mode, art, que sport. Ça c’est de la réponse décalée, hein ?

Olivier Balez : Et ne dit-on pas que la BD est le 9eme art ? Cela dit belle conjonction d’événements (astral ou pas), c’est la proximité de la sortie de la BD avec l’annonce (hier) de la nomination de Dominique A. aux victoires de la musiques. La remise des victoires est le 8 février, ... dommage, a un jour près.

Arnaud le Gouëfflec : Tant pis. On peut toujours se faire cuire un 9.

Olivier Balez : C’est comme ça avec les scénaristes, ils veulent toujours avoir le dernier chiffre... Heu mot !

Quand on relit le livre, on peut se poser la question suivante : n’est-ce pas Dominique A. qui est malade ? Personnages réalistes (sauf le tueur), ambiance à la limite du fantastique (la scène de chasse), le jeu des cases (la quête d’identité). Vous brouillez les pistes en jouant avec les codes. Avec ce troisième album, toujours envie de travailler ensemble ?

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J’aurai ta peau, Dominique A. - Extrait 3

Arnaud Le Gouëfflec : Oui, c’est ce qu’on voulait, qu’à un moment le lecteur se demande si ce n’est pas le personnage qui sombre dans la parano. Le thème du livre, c’est "qu’est-ce qui reste quand on n’est plus sûr de rien", et que son identité risque de se déliter totalement.
Oui, toujours envie de travailler ensemble, évidemment. Ça colle entre nous, comme on dit. On réfléchit à ce sujet, tout en évitant de nous précipiter. On se laisse le temps de se renouveler, mais le temps, ça passe très vite !

Olivier Balez : Rien a ajouter si ce n’est qu’en travaillant avec Arnaud, je me rend compte que nous avons un thème en commun et récurent (en plus du polar et de la musique) : le thème de l’identité, le parcours d’une personnalité, ses choix, ses faiblesses, ses contradictions. Tout cela me fascine personnellement. A chaque proposition d’Arnaud je retrouve cette pelote de fil comme il aime à dire et on tissera encore de bien belles histoires ensemble. Les affinités sont là et on a semé quelques pierres qui ne passent pas inaperçues. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? D’autant qu’avec la collection Mille feuilles , on s’y sent comme à la maison grâce au travail de Franck Marguin (éditeur et créateur de cette collection) dont on apprécie les conseils et l’amitié.

Arnaud compare Dominique A. et Philippe Katerine à Tintin et Haddock. En "couple" depuis trois albums, si vous deviez être comparé à un duo célèbre de bd, ce serait lequel ?

Olivier Balez : J’oserais la comparaison avec Pierre Christin et Enki Bilal (toutes proportions gardées évidemment !) juste sur le fait qu’ils ont réalisé des livres "one shot" régulièrement
chez le même éditeur et sans le principe de la série avec héros récurrent. On achète leurs livres pour la qualité du scénario et du dessin mais pas pour l’affection qu’on peut porter au personnage/héros récurrent. Avec Arnaud, on ne se repose pas sur une époque ou des personnages qui ont marché.
C’est donc un défi sans cesse renouvelé en tant qu’auteurs de surprendre son lecteur et ne pas le décevoir.

Arnaud Le Gouëfflec (pendant qu’il partait à Lyon) : Que répondre après Olivier sur ce coup-là ? Si nous étions un duo de bande dessinée, on serait Bruce Wayne et Batman et on se relaierait.

Dominique A. semble avoir apprécié cet album. Est-ce qu’il y a l’idée de continuer à travailler avec lui ? Qu’en est il du chanteur sans nom ? Déjà une idée des futurs projets communs ?

Arnaud Le Gouëfflec : Non, on ne va pas refaire un J’aurai ta peau 2, pas plus qu’un Chanteur sans nom 2. On réfléchit tranquillement à un futur projet. Pas de piste pour l’instant, mais c’est mieux de ne pas se précipiter. En plus on vient de déménager tous les deux, alors on a des étagères à monter.

Olivier Balez : On avait pas dit qu’on allait faire "J’aurai ta peau David B." ?! Ahahah non je déconne.

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