Chronique Bouncer T8 : To Hell (Alejandro Jodorowsky et François Boucq) – Glénat

Chronique Bouncer T8 : To Hell (Alejandro Jodorowsky et François Boucq) – Glénat
Rubrique Dossiers
Publié le lundi 10 décembre 2012 par
MAJ lundi 10 décembre 2012 à 16h00min

En 2009, avec « Coeur double », le septième tome de la série, Boucq et Jodorowsky semblaient avoir mis fin à la saga du Bouncer. Trois ans et un changement d’éditeur plus tard, les deux compères font revivre cette série western sauvage et violente.

Les sept premiers tomes étaient parus aux Humanoïdes Associés, et nous avaient proposés trois histoires (deux diptyques et un triptyque) au cours desquelles on avait fait connaissance avec le Bouncer, un videur de saloon manchot et métis (père indien, mère blanche) d’une efficacité redoutable dès lors qu’il s’agit de faire régner l’ordre dans son tripot. A ses côtés Boucq et Jodorowsky ont également développé quelques personnages secondaires, à commencer par Mocho, le chien du Bouncer, éclopé comme son maître (il a une patte arrière amputée), et ses deux plus fidèles amis, Job et sa femme indienne Sakayawea, à qui il a d’ailleurs confié la gérance de son saloon.

Et c’est par un drame que débute ce nouvel opus. Dans le tome 7 on apprenait que Sakayawea était enceinte. Dans ce volume Sakayawea, toujours enceinte, vient d’être assassinée, sous les yeux horrifiés de son mari, lui même atteint de deux balles et sérieusement blessé. L’assassin est connu, le meurtre a eu lieu au beau milieu du saloon bondé, c’est Pretty John, le fils du directeur d’un pénitencier voisin de Deep End, un fou sanguinaire qui ne se déplace jamais sans ses trois gardes du corps, censés être eux-mêmes gardiens au pénitencier. Problème, le père de Pretty John, Ugly John, ne voudra jamais livrer son fils chéri à la justice, même avec un mandat d’arrêt en bonne et due forme.

Mais ce n’est pas ce genre de détail qui va arrêter le Bouncer dans sa soif de vengeance. Il se fait nommer adjoint par le shérif de Barro City, se fait délivrer un mandat par le juge, et part à la poursuite des meurtriers. Nous sommes en plein hiver, et même si l’action de la série se situe en Arizona, cette région est néanmoins parcourue par quelques massifs montagneux que le Boucer devra traverser pour atteindre le pénitencier de Deep End.

C’est d’ailleurs alors qu’il tente d’échapper à une meute de loups affamés que débute cet album. Le Bouncer devra son salut à son fidèle Mocho qui, tout estropié qu’il soit, n’en parvient pas moins à tuer le chef de la meute, le loup alpha, devenant par la même occasion son nouveau leader.

En route pour Deep End le Bouncer fait également de nouvelles rencontres. Ce sont d’abord trois indiens, le grand-père, le père et le fils, qui ont eux-mêmes été victimes de Pretty John. Le grand-père mourra de ses blessures, tandis que le père sera soigné par le Bouncer. Une fois que celui-ci aura raccompagné son fils à son village, il promet au Boucer de le rejoindre à Deep End afin de l’aider à accomplir sa vengeance. Autre rencontre, à Las Tarentulas, la ville la plus proche de Deep End, en la personne d’une adolescente, Panchita, une métisse elle aussi, et dont le père est enfermé au pénitencier.

Entre temps on aura eu l’occasion d’assister à une nouvelle manifestation de la folie et de la violence de Pretty John, qui n’hésite pas à torturer et tuer le prisonnier qu’il était venu chercher à Barro City, dans le seul but de lui faire avouer où il avait caché le butin d’un hold-up.

Dans le dernier tiers de l’album on voit donc le Bouncer arriver à Deep End, un endroit improbable où ne règne plus aucune loi, sinon celles imposées par Ugly John. Le pénitencier est installé dans un ancien monastère, il est isolé, loin de tout, entouré d’un véritable no man’s land désertique. Le seul moyen d’y accéder est une ligne de chemin de fer qui le relie à Las Tarentulas. Une fois à l’intérieur, inutile de songer à en sortir vivant. C’est ce que le Bouncer constatera à ses dépens malgré son statut officiel de shérif adjoint et son mandat d’arrêt. Comme l’avaient prévu les dirigeants de Barro City, Ugly John, même s’il déteste son fils, n’a aucune intention de le livrer à la justice, et fait donc jeter le Bouncer en prison, dans la même cellule que le père de Panchita.

Et comme on est dans l’univers de Jodorowsky, on se doute bien que ce pénitencier ne peut décemment pas ressembler à n’importe quel autre. Ugly John en a fait une sorte d’ilot de violence au milieu d’un paysage désolé. Dans la cour a été aménagée une arène où, périodiquement, des prisonniers doivent livrer combat à... un ours. Résurgence américaine des combats de gladiateurs antiques. Le père de Panchita n’y survivra pas, le Bouncer si, grâce à son intelligence. Et l’album se termine sur cette victoire du héros, sous les yeux de la famille John (oui, maman vit également au pénitencier, et couve son fils comme une mère poule).

L’aventure se conclura dans quelques mois avec la parution du tome 9, « And back... ». Et l’on se souvient que le Bouncer a laissé des alliés derrière lui, son chien Mocho, resté avec la meute de loups, l’indien qu’il a sauvé des balles de Pretty John, et Panchita. Nul doute que ces trois là ne seront pas de trop pour le sauver d’une situation qui ressemble fort à un voyage sans retour.

Comme d’habitude avec cette série, Jodorowsky se délecte à nous dépeindre un far-west ultra-violent, avec des personnages qui ne le cèdent en rien à certains de leurs homologues des grands westerns spaghetti des années 60 et 70. Sergio Leone et Sam Peckinpah ne sont jamais loin dans l’esprit de Jodorowsky, qui s’ingénie à rendre ses méchants toujours plus méchants, et ses héros toujours plus héroïques. Le Bouncer a quelques chose de l’Homme Sans Nom de Leone incarné par Clint Eastwood. Le scénario de Jodorowsky étant merveilleusement servi par le dessin de Boucq, dont le style nerveux excelle dans les scènes de combat, et qui parvient aussi à rendre toute la beauté sauvage des paysages de l’ouest américain. Qu’il s’agisse ici de la montagne enneigée, de la ville de Barro City, rude et grossière comme pouvaient l’être les bourgades de l’époque dans l’ouest, le vrai, pas celui d’Hollywood, ou des déserts inhospitaliers, on est plongé dans un far-west désincarné et crépusculaire.

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