Chronique

Aujourd’hui le péquenaud habitant des montagnes est à l’honneur. Création d’Eric Powell, le papa du Goon, de Chimichanga, de Big Man Plans, de Billy et de la foire aux monstres et d’un Superman du Bizzaro-World. Hillbilly narre l’histoire d’un nettoyeur de sorcières et autres monstruosités à l’aube du dix-neuvième siècle au Mont Appalache, dans ce Sud si cher à l’artiste de Nashville.

Le pitch : Rondel, né sans orifices oculaires, et donc aveugle, est banni avec sa chère maman par des villageois peu scrupuleux et surtout très bêtes. Normal, quand on vit parmi les culs-terreux sudistes, qui voient en lui le mauvais oeil (joli jeu de mots pour un non-voyant) mais surtout une grande malédiction pouvant s’abattre sur eux. Donc rejetés par leurs sympathiques voisins, Rondel et sa génitrice vivent une existence de reclus mais néanmoins paisible... Jusqu’au jour où, chassant un phacochère géant avec son unique amie Esther, véritable garçon manqué, le petit Rondel va chuter dans une rivière. S’éveillant quelques heures plus tard, il portera aide et secours à un sympathique volatile parlant fait prisonnier par une sorcière. Alors qu’il le détache de son entrave, le corbeau se révèle être lui aussi une sorcière polymorphe, qui pour remercier le garçon lui offrira la vue et le couperet de Satan, un hachoir tueur de monstres. Malgré cela, la fatalité s’abat sur le jeune homme qui perdra mère et foyer suite à son parti pris entre les deux "praticiennes" maléfiques. N’ayant plus aucune attache, Rondel devient un exécuteur sauvage et violent.

Pour le/la lecteur/lectrice habitué(e) à l’univers cher à Powell, le terrain n’est pas inconnu. Fidèle à sa ligne conductrice depuis les débuts du Goon, l’artiste nous promène dans un monde à la fois surnaturel et tordu. Le personnage principal est "solitaire" dans son attitude, triste et ayant vécu les pires atrocités. Mais aidé parfois par quelques amis dont Lucille, ours gigantesque mais surtout lunatique mais aussi par la fameuse Esther et James qui fût sauvé enfant par le héros. Ce premier tome est composé de quatre chapitres et d’une histoire courte. Disons-le tout de suite, on ne s’ennuie pas une minute. Tous les ingrédients sont là pour attaquer l’ouvrage et le finir d’une seule traite. Rondel combattra sorcières, arbre maudit, lynx géant et violoncelliste possédé. Il délivrera même une princesse "gorette" kidnappée par des démons.

Comme d’habitude avec le père Powell, l’action se mêle au fantastique. L’humour noir côtoie la dark-fantasy. Le tout nimbé d’amitié, de cruauté et d’amertume. Série indé comme seul Powell est capable d’en faire, Rondel à un côté Homme sans nom de Clint Eastwood. Les animaux sont géants et parlent avec les humains comme chez Hayao Miyazaki. La forêt joue aussi un rôle proéminent comme chez Tim Burton avec ses arbres déglingués, les sorcières n’ont qu’à bien se tenir avec le Hillbilly !

Côté dessin, on nage en plein bonheur. Eric Powell toujours au top, avec un coup de crayon magistral. Parfois le trait se veut épais, parfois plus fin. Le personnage en premier plan peut être encré et l’arrière-plan juste esquissé à la mine de plomb mais reste toujours très fouillé. L’artiste aborde différentes techniques, déjà utilisées sur ses oeuvres précédentes, mais toujours aussi maîtrisées. Un grand soin est apporté au décor, Powell y tient beaucoup. Artiste complet, il s’occupe du scénario jusqu’aux couleurs sur Hillbilly. Mélange de lavis, rehaussé de gris, vert, jaune, bleu tendance ocre voir en teinte mate. Le tout confère une mise en ambiance excellente et prenante. Et quand le rouge sang s’invite, il est très pictural, vif voir absolu. La narration alterne pleine page et double-page, Gaufrier en trois à sept cases, pour une mise en page très aérée et doublée d’une grande maîtrise avec style et élégance.

Mention spéciale à Delcourt, pour son édition grand format comprenant beaucoup de bonus : commentaires et impressions de l’artiste, esquisses de personnages, recherches de décors...bref très beau bouquin qui tient bien en main, se voulant être une espèce de vieux folklore sudiste oublié de tous et revisité.

Par Vincent Lapalus

Ce qu'en dit l'éditeur

Après The Goon, et Big Man Plans, Eric Powell revient avec ce récit intemporel de Dark Fantasy, mettant en scène des péquenauds des Appalaches, des sorcières, des créatures magiques et un aveugle plutôt... clairvoyant.
Rondel est un vagabond aveugle, qui en réalité comprend et voit le monde bien mieux ; que le commun des mortels. Rondel est un solitaire, armé d’un hachoir géant qui est finalement plus à l’aise auprès des créatures magiques et des sorcières. Il est même devenu pour beaucoup un héros de folklore pour ceux qui errent à l’orée du monde des rêves. Mais Rondel est également bien plus que cela...

1 édition

24 janvier 2018
Album 96 pages
ISBN: 978-2-413-00159-1
EAN: 9782413001591
ASIN: 241300159X
  • Editeur: Delcourt
  • Hillbilly 1 9782413001591
    Avis

    Extraits

    Les connaissez-vous?

    Shin Chan - saison 2 10 Shin Chan - saison 2 10
    Dans une école, l’arrivée d’une nouvelle élève est toujours un événement mais dans la classe de Shin-chan, on serait plus avisé de parler de bouleversement ! Ai, une mignonne petite fille de bonne (...)
    Petites mésaventures amoureuses 3 Petites mésaventures amoureuses 3
    Si c’était simple, ce ne serait pas de l’amour ! Sale journée pour Kanzaki : son copain l’a larguée et à 23h dans le froid sur le pas de sa porte, elle découvre qu’elle a perdu ses clés. Et le double des (...)
    Petit Spirou Présente... (Le) Petit Spirou Présente... (Le)
    "Le Petit Spirou présente" est une nouvelle collection parallèle à celle du "Petit Spirou". Chaque volume rassemble les meilleurs gags avec un personnage majeur de la série. Il s’agit donc d’une (...)
    Laurence Baldetti Laurence Baldetti
    Née à Nice au début des années 80, Laurence Baldetti se passionne très tôt pour le dessin. Son bac en poche, elle intègre l’école de dessin lyonnaise Émile Cohl où elle perfectionne sa technique à la fois (...)