Série Batman White Knight - 9791026817116

Batman White Knight Critique de Vincent Lapalus

Oneshot
24 juin 2020 - Édité par Urban Comics

La batmobile entre à l’asile d’Arkham, un homme descend du véhicule et entre dans le bâtiment. Surprise générale, Batman est enfermé dans une cellule. Et qui est ce drôle d’individu qui lui demande de l’aide ?

Flashback d’une année. Enième affrontement entre le chevalier noir et le clown dérangé, course poursuite hallucinante dans les rues et sur les toits de Gotham. Un Batman chaud-bouillant muni de son “bat-tank” face à un Joker en mode surfer et overboard. Le tout se termine dans un immeuble médical, avec une légère variation cette fois : Batman est devenu enragé et incontrôlable. La confrontation se termine avec un passage à tabac en règle et dans les grandes formes. Batman ne se retient plus et le Joker en prend pour son argent. Nightwing et Batgirl en renfort, n’arrivent pas à calmer le justicier et dans un excès de colère, il fait ingurgiter au Joker un flacon complet d’un médicament inconnu et expérimental. La scène est filmée et diffusée sur toutes les ondes. La population gothamite est sous le choc.

Après un coma et de multiples opérations, ce n’est pas le Joker qui se réveille mais Jack Napier, véritable identité du pitre dément, qui décide de porter plainte contre le Batman et la police de la ville afin de sortir d’emprisonnement et de discréditer le chevalier de Gotham aux yeux de tous. Napier n’est plus le psychopathe-homicide d’autrefois mais un homme très intelligent qui cherche son repentir en apportant son aide aux plus démunis et en aidant à démanteler la super-criminalité de Gotham. En disgrâce auprès de ses acolytes et de Gordon, il finira par être enfermé à Arkham en laissant les coudées franches à Napier. Serait-ce lui le fameux chevalier blanc dont a besoin la ville et non-plus du vigilante grimé en chiroptère ? Harley Quinn redevenue Harleen Quinzel supervise la tutelle de Jack Napier, mais la personnalité du farceur démoniaque a-t-elle vraiment disparu ?

Parti d’un postulat classique et mainte fois revisité, Sean Gordon Murphy, artiste complet pour cet ouvrage, aborde la thématique de la double personnalité. Il bâtit un récit dense comprenant beaucoup d’éléments en seulement huit chapitres, extrêmement bien construits. Murphy apporte de bonnes idées et tape dans la continuité au sens large de Batman (comics, sériés télé et cinéma).
Complot, trahison, manipulation, mort d’un personnage important et super-héroïsme ponctuent l’histoire et les pages défilent jusqu’à la dernière avec béatitude. L’auteur arrive même à aborder l’homosexualité avec justesse et beaucoup de finesse entre le super-héros et sa Némésis. En bon artisan, il maîtrise totalement son sujet et, comme pour un bon cocktail, Murphy a subtilement mélangé au shaker un univers commercial bien établi avec ses propres concepts pour un aboutir à vision détonante et surtout personnelle. Du beau travail.

Concernant la partie graphique, l’option de l’édition noir et blanc s’est imposée d’elle-même. Pour moi, Sean Gordon Murphy s’apprécie pleinement jusqu’à l’étape de l’encre de chine. Sa maestria peut aisément se passer de couleur, (voir Punk Rock Jesus) et Tokyo Ghost. A la fois riche, abondante, détaillée, ce dessinateur est l’artiste qui explose et s’impose à chaque nouveau projet comme il n’en perce qu’un par décennie. Chaque page, case, trait est un régal pour les yeux !
Amateurs, partez sur la version couleur, le décollement de rétines vous guette pour version NB. Des clins d’oeil à foison, un graphisme qui ne mélange que le meilleur du comics pour l’ambiance, le soucis du détail de la bande dessinée européenne et le dynamisme du manga. Un pur technicien se trouvant à la croisée des chemins qui éblouit tout bonnement, avec une mention spéciale pour les courses poursuites en batmobile dans les rues de Gotham, percutantes, les scènes entre Batman et Harley à la fois dramatiques, belles de simplicité et très ombrées dans leurs conceptions.

Seuls “petits” points négatifs à l’ouvrage, Catwoman ne fait pas partie du casting pourtant au combien complet. Quasiment toute la galerie de personnages du chevalier noir répond présente. Pourquoi ne voit-on pas la belle chapardeuse ? Dommage...Et une certaine surcharge au niveau des dialogues, qui pourtant ne sont pas vraiment nécessaires tellement l’action peut s’en passer.

White Knight, annoncé depuis des lustres et vendu comme un chef-d’oeuvre, en est véritablement un. Il mérite sa place aux côtés des grands classiques comme la trilogie DK et le Year One de Frank Miller, le Killing Joke de Moore et Bolland, le Long Halloween et Dark Victory de Loeb et Sale, et Year 100 de Pope, et j’en passe. Un Batman atypique où la crème des créateurs a su s’approprier le mythe pour nous donner leurs versions et en faire des merveilles, un des rares personnages a bien se prêter et se plier à l’interprétation.
Voici une lecture plus que conseillée, un essentiel, complétée par un joli boulot éditorial de la part d’Urban Comics.

Par Vincent Lapalus

Notes des internautes

A lire également