Noyée de la Tamise (La)
Sherlock Holmes et les mystères de Londres

Noyée de la Tamise (La) Critique de Vivien Arzul

Parution: 19 avril 2023
1 édition recensée
Une jeune fille est retrouvée morte, noyée dans la Tamise. Elle porte un masque étrange sur le visage. Aussitôt, les autorités pensent à la communauté jamaïcaine de l’East End, mais le célèbre détective n’est pas d’accord. Pour étayer ses (...)

On ne compte plus les adaptations en bande dessinée du plus célèbre des détectives, Sherlock Holmes est une valeur sûre avec une mythologie si dense qu’il est toujours possible, cent vingt ans après sa création, de lui faire vivre de nouvelles aventures. C’est l’infatigable Jean-pierre Pécau qui s’y colle, secondé par Michel Suro au dessin et Scarlett aux couleurs, qui souhaitent nous offrir des enquêtes aussi cérébrales que haletante.

L’histoire en deux mots :
Londres, fin du XIXᵉ siècle, alors que trois femmes cherchent aux abords de la Tamise quelques objets à revendre, elles tombent horrifiées sur une enfant sans vie, le visage cousu et couvert d’un étrange masque. Une partie de la police soupçonne les Jamaïcains, mais l’inspecteur Lestrade préfère demander conseil à son vieil ami Sherlock Holmes, qui va alors se saisir de la mystérieuse enquête.

Le scénario :
Jean-Pierre Pécau utilise à très bon escient les codes et la mythologie du détective, se permettant quelques références et invitant le lecteur à découvrir d’autres enquêtes par la même occasion. Pour les amateurs du genre, tous les ingrédients sont présents avec ce Londres inquiétant et plein de mystères, les personnages iconiques de la série sont ici majoritairement présents. Il est vrai que nous sommes en terrain connu et, sans révolutionner le mythe, la narration dense et fluide apporte de la fraîcheur dans un genre qui se perd parfois en explications et recherches trop alambiquées.
L’enquête est passionnante, le scénariste parvenant avec brio à multiplier les pistes avec un point de départ obscur que le lecteur prend plaisir à vouloir décrypter.
Le scénariste s’amuse à faire évoluer le célèbre détective assez loin de la brume londonienne, lui préférant la chaleur de certains salons, cassant ainsi l’image asexuée de l’enquêteur tout en montrant la lubricité de la bourgeoisie de l’époque.
Le seul bémol de ce récit est sans nul doute la frustration du lecteur qui n’a pas plus de réponses à la fin du tome et encore plus d’interrogations qui donnent envie de vite retrouver le détective

Le dessin :
Après s’être illustré dans l’univers des Stryges ou le western, Michel Suro nous montre tout son talent en s’appropriant avec virtuosité le détective anglais. Il a su capter l’essence du personnage en insistant sur ses expressions faciales qui montrent son inégalable flegme et ses phases de recherches et de déductions.
Le travail du dessinateur sur l’ambiance et les décors du tome est remarquable, le lecteur se trouve immédiatement projeté dans le Londres du XIXe siècle en appréciant le sens du détail de l’auteur sur les monuments. Notamment avec une case montrant le Tower Bridge habillé de brume qui souligne l’ambiance inquiétante et mystérieuse de cette époque.
Le découpage très dynamique réalise le savant mélange entre bande dessinée traditionnelle en laissant beaucoup de place au texte, mais qui permet aussi aux cases de respirer.
Enfin, la mise en couleur est tout à fait correcte et souligne-le très bon travail de concert entre Michel Suro et Scarlett pour retranscrire au mieux l’ambiance de sir Arthur Conan Doyle

Sans être une révolution, ces nouvelles enquêtes de Sherlock Holmes sont un vrai plaisir à découvrir, et voir surtout le fameux détective face à de nouvelles énigmes est un petit bonheur. Les auteurs témoignent à travers cet album sincère leur admiration et leur amour pour le personnage et sa mythologie.

Par Vivien Arzul.
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