Série Bourreau de père est enfin mort (Mon) - 9782382751831

Bourreau de père est enfin mort (Mon) Critique de Vivien Arzul

Oneshot
29 septembre 2021 152 pages - Édité par Meian

La bande dessinée comme bon nombre d’art peut-être un exutoire, une sorte de thérapie à toutes sortes de traumatismes. L’excellent Tant pis pour l’amour de Sophie Lambda en est un très bon exemple. Piroyo Arai à choisi le manga pour guérir de son enfance bouleversée par un père violent avec un livre choc qui ne laisse pas indifférent.

L’histoire en deux mot :
Piro vit avec son papa, sa maman et ses deux frères aînés. Cela pourrait être tout à fait banal. Mais le père de Piro est violent, d’une violence telle que ce qu’elle a vécu va influencer toute sa vie.

Le scénario :
L’histoire et l’ambiance de l’album ne sont pas véritablement évidentes à aborder. Le témoignage sincère de la scénariste peut être un frein à la lecture tant le propos est authentique, mais voilà toute la force de ce manga. C’est une lecture qui dérange, qui chamboule, qui met en lumière une réalité sordide pouvant mettre le lecteur face à son expérience.
La scénariste parvient extrêmement bien à segmentariser son traumatisme en évoquant sa jeune enfance avec la peur, l’incompréhension et la culpabilité en montrant des passages avec son impuissance de petite fille face à la colère de son père. Mais elle parle également de son évolution de d’adolescente à sa vie de femme et montrant qu’à chaque étape clé de sa vie, le traumatisme pouvait être présent de manière plus ou moins sournoise.
Bien que le tome soit le témoignage de la scénariste, le personnage du père crève les planches par son comportement imprévisible ou ses mots d’une extrême violence, cet homme nous accompagne à chaque case tellement ses actions ont un impact lors de la lecture.
L’auteure montre que cette violence ne s’arrête pas une fois les coups portés, elle l’habite et influence sur sa vie et sa relation avec les autres et se veut particulièrement destructrice. Elle aborde aussi remarquablement l’aspect psychologique que cette violence.
Le tome est le reflet de son cheminement personnel avec le pardon qu’elle accorde à la petite fille qu’elle était et sa quête de compréhension, ce qui en fait un tome extrêmement humain : c’est un témoignage courageux et sincère qui pourra sans nul doute aider les gens ayant connu ces horreurs.

Le dessin :
Le dessin est presque accessoire tellement le propos est retranscrit avec brio. Ici pas de débauche graphique. Sans être du tout anecdotique, il est au service du récit pour retranscrire avec un voile affable cette triste réalité.
Néanmoins, il montre avec un réalisme saisissant la violence des colère du père et les stigmates qu’elles laissent sur le corps de son épouse, montrant crûment le calvaire des femmes battues.
La retranscription des émotions sur les visages est saisissante avec des personnages qui incarnent véritablement la peur incontrôlée ou la folie furieuse, notamment les parents du père qui semblent possédés avec des visages déformés par la haine comme s’ils avaient perdu toute leur humanité.
Ce graphisme presque abstrait est une bonne chose, il permet au lecteur de respirer et de n’être pas dans l’exactitude formelle de la représentations des faits tout en apportant un aspect extrêmement plaisant dans les passages calmes, comme un rêve suspendu au milieu de ce traumatisme

Mon bourreau de père est enfin mort est un tome nécessaire car il permet de mettre en lumière une situation dont il faut absolument parler. Un tome réussi de bout en bout, vecteur de beaucoup d’émotions avec des cases marquantes et surtout un cheminement qui ne laisse pas indifférent.

Par Vivien Arzul

Notes des internautes

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