Série Dévoreur des souvenirs (Le) 1 - 9782413036722© 2020 Delcourt / Origami / Murayam

Dévoreur des souvenirs (Le) 1 Critique de Vivien Arzul

26 août 2020 176 pages - Édité par Delcourt

Le Japon est un pays au folklore riche qui compte de nombreux mythes comme les yokai. Même si ces superstitions sont moins présentes de nos jours, une nouvelle sorte de défiance est présente avec des légendes urbaines inquiétantes alimentées et déformées par les réseaux sociaux.
C’est le thème choisi par Kyoya Origami pour articuler son scénario sur une entité capable de voler les souvenirs de ces victimes. Il y est épaulé par Nachiyo Murayama, connu pour Cigarette and Cherry dans nos contrés.

L’histoire en deux mots :
Ryôchi est un étudiant curieux et les légendes urbaines qui pullulent dans son pays le fascinent. Comment sont-elles apparues et quelles origines exactes ont-elles ? C’est en faisant ses recherches qu’il découvre l’existence du Kiokuya, une entité se nourrissant des souvenirs de ces victimes. Alors que plusieurs de ses proches perdent subitement une partie de leur mémoire, il décide de partir à la recherche de ce monstre pour savoir ce qui le pousse à voler les souvenirs de ses victimes.

Le scénario :
Kyoya Origami a structuré son intrigue sur deux tomes pour une enquête et une révélation finale surprenante. Elle a su construire un récit digeste porté par des personnages intrigants pour ce diptyque. La grande force des tomes repose sur cette légende urbaine à la fois fascinante, terrifiante et tangible. La scénariste s’appuie en partie sur le mythes des yokais pour étayer sa légende urbaine en évoquant un monstre qui dévore les souvenirs de malheureux dans l’obscurité.
Ce choix de vocabulaire, et le flou autour de ce dévoreur, accentuent l’inquiétude du lecteur et le plonge totalement dans l’enquête de Ryochi afin de découvrir la vérité.
La scénariste a su bien équilibrer son récit, entre quête de la vérité et fait divers, autour de ce fameux dévoreur. Ce procédé ancre la légende dans le réel et montre bien le lien entre le héros et le Kiokuya.
Cette proximité donne une enquête prenante car en impliquant son personnage principal, la scénariste donne des raisons personnelles de découvrir la vérité.
La scénariste a eu pour bonne idée de faire de sa légende un être ambigu qui certes s’accapare les souvenirs des gens, mais se contente majoritairement de souvenirs difficiles et aide certains malheureux à surmonter un traumatisme. Cependant, à travers son monstre, la scénariste pose la question de l’acceptation de certains événements : vaut-il mieux ne jamais s’en souvenirs que de tenter de grandir avec ?
Kyoya Origami a su également construire des personnages attachant aux relation fortes permettant une identification forte à ces derniers et cette connexion donne toute sa puissance à la révélation finale.

Le dessin :
Le trait de Navhiko Murayama est d’une extrême douceur et tranche un peu avec l’ambiance inquiétante du tome, empruntant quelques codes graphiques du shojo. Elle réalise d’ailleurs un tome graphiquement hybride entre seinen et shojo. Cette alliance du plus bel effet donne aux tomes une atmosphère unique.
La dessinatrice a su retranscrire parfaitement certaines actions surnaturelles comme le vol de souvenirs en enveloppant seulement son personnage d’un fond de papier qui se consume. Ce procédé efficace permet au lecteur de comprendre immédiatement ce qui se trame sans lire des planches trop denses débordantes d’informations. De plus ses représentations du Kiokuya sont très réussies, qu’elles soient humaines ou spectrales, elles entretiennent le flou autour de cette créature insaisissable.
La mise en page plutôt dense est au service de ce scénario élaboré et donne lieu a de magnifiques pages remplies de cases qui sont un véritable bonheur, sans entacher la lisibilité du tome.

Le dévoreur de souvenirs est un diptyque de très bonne facture qui saura séduire autant le lectorat adulte qu’adolescent grâce à son scénario recherché qui nous donne envie d’en découvrir d’avantage sur les légendes urbaines japonaises

Vivien Arzul

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