Dépôt de bilan de compétences - 9791092457353 © 2020 Nada Snug

Oneshot

Dépôt de bilan de compétences Critique

17 février 2020 - 96 pages - Édité par Nada

Le monde de l’entreprise est une jungle dont personne ne revient vraiment indemne. Rares sont les témoignages en bande dessinée de cet univers parfois cruel avec les personnes y évoluant. David Snug décide avec ce tome de revenir avec un humour acerbe sur sa vie dans le monde du travail, sur son amour de la bande dessinée et de la difficulté de concilier le monde des bulles et le capitalisme.

L’histoire en deux mots :
David Snug est auteur de bandes dessinées. A travers une série de gags, il va raconter à son double adolescent sa vie dans le monde du travail. Les études, les petits boulots et les difficultés pour concilier amour du neuvième art et emploi alimentaire. Bizarre qu’un auteur se parle à lui-même pour livrer sa pensée, mais, comme dirait David Snug, "je fais ce que je veux c’est ma bédé".

Le scénario :
Bien que le tome soit une suite de planches unique, une vraie trame narrative se dégage comme en témoigne le vieillissement de l’auteur au fil des anecdotes. Avec une grande justesse et un humour délicieusement irrévérencieux David Snug livre son ressenti sur un monde du travail qui l’a déçu et ne lui a pas fait confiance.
L’auteur s’amuse avec une série de gags à répétition qui marche très bien comme le fait de faire évoluer les deux protagonistes dans des situations et lieux insolites en répétant "c’est ma bédé" ou encore le fait que les employeurs lui interdisent de s’asseoir sans permission, qui donne un dernier gag drôle aux accents de revanche.
Mais derrière chacune des planches, l’auteur égratigne vivement le système scolaire, le monde de l’entreprise et les employeurs peu scrupuleux envers les jeunes travailleurs. À travers cette série d’historiettes, l’auteur raconte à sa manière de véritables moments de vie communs à tous, tant les situations sont criantes d’une certaine réalité du monde professionnel. Ce procédé permet un sentiment d’identification autant auprès du jeune Snug, en plein bouleversement post-scolaire, qu’au Snug plus âgé, blasé de ce monde capitaliste laissant l’humain de coté au profit du rendement et des règles.
De plus, le scénariste évoque avec brio le désamour total des professions artistiques et du neuvième art à la fin du vingtième siècle et l’incompréhension complète du monde du travail sur ce choix de carrière. L’auteur le montre avec humour lorsqu’il évoque son passage chez Moulinex, où pour l’employeur un DEUG d’Arts Plastiques se conjugue avec compétences pour réaliser des moules en plastique.
Enfin, l’auteur invite les lecteurs à réfléchir sur le travail, son impact sur notre vie ou encore ce qu’il nous apporte. En livrant ses difficultés, ses déceptions mais aussi ses réussites, l’auteur braque un miroir vers le lecteur pour qu’il réalise lui aussi une sorte de bilan et trouve un équilibre plus juste entre existence et vie professionnelle

Le dessin :
Le style de David Snug, avec son trait sûr et efficace, est une invitation à découvrir l’album couplé à une couverture tape à l’œil faisant référence aux temps modernes de Charlie Chaplin (elle séduira les cinéphiles). L’environnement graphique aux aplats noirs maitrisés fait penser à certains comics indépendants ou encore à certains auteurs comme Crumb et donne lieu à des planches aux détails drôles et utiles à la narration.
Dans cet album le dessinateur se permet toutes les excentricités en faisant évoluer ses personnages dans des lieux insolites ou encore en émaillant ses planches de créatures surprenantes. Cette liberté graphique permet de voir la maîtrise de l’artiste dans tous les genres et donne envie de le voir évoluer dans d’autres univers. Le découpage en gaufrier sert à merveille la mécanique de gag et permet une lecture plaisante et évidente. Enfin le style très caricatural des personnages est fabuleux et donne lieu à la découverte de personnage truculents que le lecteur adorera détester, pour certains.

Dépôt de bilan de compétences est une réflexion dessinée irrévérencieuse, certes, mais nécessaire où l’auteur revendique sa liberté envers le monde du travail et son amour du neuvième art. Un tome maîtrisé autant dans le propos que dans le dessin qui plaira aux amateurs de bande dessinée, proposant une critique d’un sujet rarement évoqué avec autant de pertinence.

Vivien Arzul

Note des internautes pour cet album: 4

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