Série Syndicat du crime (Le) - 9782344025338© 2019 Glénat / Berlion

Série Agata

Syndicat du crime (Le) Critique de Vivien Arzul

9 janvier 2019 - Album 88 pages - Édité par Glénat

La mafia New-Yorkaise est une source d’inspiration indéfectible pour beaucoup de créateurs tant il persiste des zones d’ombre sur ce milieu où règne la loi du silence.
Olivier Berlion revient avec une série ambitieuse sur ce thème trouble où le banditisme fait partie intégrante du paysage.
Ces bandits sont-ils uniquement ce qu’ils faut retenir de cette période d’immigration faites d’espoir et de rêve ou la partie émergée d’un iceberg de violence qui éclipse la vie des migrants ?

L’histoire en deux mots :
En 1929 dans deux bâtiments déserts de Staten Island, Lucky Luciano passe un sale quart d’heure, allègrement rossé par les hommes de Salvatore Maranzano. Après un vif échange, il est laissé, en sang, avec une mission à accomplir.
Deux ans plus tard, la jeune polonaise ingénue nommée Agata débarque en Amérique pour vivre une vie nouvelle chez son oncle. La jeune femme va se retrouver malgré elle au cœur d’une guerre de territoire sur laquelle plane l’ombre de Lucky Luciano.

Le scénario :
Olivier Berlion propose un scénario extrêmement bien écrit et très lisible. En effet, bien qu’il aborde sans concessions toutes les familles mafieuses et leurs ramifications, il n’alourdit pas son propos de détails inutiles et traite uniquement ceux qui ont une véritable incidence sur l’histoire, rendant ainsi la lecture évidente, plaisante et captivante.
La composition en miroir entre l’ascension de Lucky Luciano et l’adaptation d’Agata à sa vie américaine est une très bonne idée. On découvre à travers chaque portrait deux réalités de l’époque.
En premier lieu, le monde des gangsters et son univers violent sont très bien décrits en montrant en introduction le sort que les voyous pouvaient réserver à leurs semblables. Mais Olivier Berlion ne se contente pas de décrire leur quotidien violent, il prend le temps d’évoquer leur code d’honneur qui régit cette mafia, apportant ainsi de précieuses informations sur une obscure organisation.
L’arrivée d’Agata est l’occasion pour le scénariste de retracer avec exactitude l’entrée d’un migrant sur le sol américain. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’aucun détail n’est omis, immergeant totalement le lecteur auprès de l’héroïne dans ce grand bouleversement.
Le scénariste a su créer des personnages débordant de charisme, à la hauteur de l’ambiance historique dans laquelle ils évoluent. Même si Lucky Luciano crève les planches par son caractère froid et calculateur, les autres protagonistes ne sont pas en reste et apportent un équilibre important à l’intrigue, tout en créant un fort sentiment d’identification.
Olivier Berlion a su rendre totalement dans son récit l’ambiance propre à l’époque en proposant toutefois un angle différent, apportant ainsi un regard neuf sur cet époque.

Le dessin :
L’ambiance graphique est à la hauteur du scénario : grandiose ! Chaque planche du dessinateur est un véritable bonheur pour les yeux. Le dessinateur est parvenu à donner une aura unique à ses personnages grâce à son trait hors du commun.
Le charme d’Agata crève chacune des pages et ses jeux de regard laissent envisager son caractère doux et secret. Le dessinateur parvient sans effort à retranscrire l’aura crapuleuse qui entoure les gangsters, que ce soit à travers leurs cicatrices ou leur mine patibulaire. En utilisant ces codes, le dessinateur implique immédiatement le lecteur dans un registre qu’il connaît.
Ce tome transpire la réussite graphique à travers des planches à l’architecture léchée où chaque élément est splendide, que ce soit la réalisation fidèle des bâtiments, avec un travail fabuleux sur les perspectives montrant à la fois la démesure de la ville, mais aussi le sentiment de confusion d’Agata dans cet environnement si loin du sien.
La mise en couleur est en tout point remarquable et apporte un supplément d’âme indéniable aux personnages et l’auteur a su rendre des cases sublimes égales à des tableaux comme c’est le cas lors de l’arrivée à New York de l’héroïne. Avec cette scène, Olivier Berlion parvient retranscrire le ressenti des migrants de l’époque avec cette Statue de la Liberté face à eux symbolisant toutes leurs espérances.
Enfin le découpage très cinématographique apporte beaucoup de rythme à l’intrigue, tout en laissant parfois respirer le lecteur avec de magnifiques planches pleines aux attraits magnifiques.

Un grand premier tome qui pose les bases d’une intrigue passionnante portée par un dessin éblouissant. Un tome qui ravira les passionnés de l’univers mafieux comme ceux des belles images.

Vivien Arzul

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