Série Peleliu 1 - 9782379500008

Peleliu 1 Critique de Vivien Arzul

4 octobre 2018 - Tankobon broché - Édité par Vega Manga

Dans la bande dessinée, et même les autres arts, rares sont les œuvres montrant la Seconde Guerre mondiale autrement que du point de vue allié. En effet, peu nombreux sont les albums abordant le ressenti japonais dans ce conflit aux conséquences funestes pour leur pays. Vega édition choisit d’en mettre un à l’honneur en publiant un tome où Kazuyoshi Takeda rapporte le sentiment de ces soldats tiraillés entre ferveur patriotique et incompréhension de leur présence sur cette île reculée au rôle stratégique contestable.

L’histoire en deux mots :
Alors que le conflit dans le Pacifique est à son paroxysme, le soldat Tamaru est affecté en 1944 sur l’île isolée de Peleliu avec dix mille de ses camarades. Le début de son affectation est paisible, oscillant entre consolidation des défenses et découverte de la merveilleuse flore locale. Cependant ce soldat rêveur qui n’aspire qu’à devenir mangaka, va se retrouver au cœur d’une bataille impitoyable pour défendre les positions impériales coûte que coûte.

Le scénario :
Cette histoire, basée sur des faits réels, retranscrit les conditions de vie de soldats voués à la mort. L’auteur saisi parfaitement l’ambiguïté de l’époque, évoquant à la fois les horreurs de la guerre et la beauté paradisiaque de l’île.
Ce jeu de contraste est une des bonnes idées du tome car il renvoie indirectement à l’absurdité de la guerre. L’auteur l’utilise notamment avec le personnage principal qui, avec son comportement rêveur et pacifiste, est en opposition totale au caractère fanatique de certains de ses supérieurs. En effet, Takeda profite de l’apparition de chaque soldat pour montrer l’essence de cette armée où la haine de l’Américain les pousse au sacrifice, conditionnés par une hiérarchie n’ayant aucune mesure de la valeur de la vie. Il montre également à travers cela la grande importance d’une mort honorable pour ces derniers. Cette allusion lui permet d’évoquer également le rôle primordial de l’attaché au mérite que va endosser son personnage principal, lui apportant de nombreux cas de conscience et lui donnant une profondeur rare.
Le scénariste implique petit à petit le lecteur dans les atrocités de la guerre avec pour point de départ, la description d’une mort violente et aveugle montrant en sous-texte que chaque homme est aux portes du trépas.
Les personnages et leurs caractères sont remarquablement bien construits, outre le personnage principal qui jouit d’une grande profondeur, Takeda s’amuse à explorer les sentiments de ses protagonistes comme avec le général, partagé entre ses ordres et son comportement très humain.
Le scénariste parvient surtout à rendre palpable l’effervescence et la dangerosité des combats tout en rendant hommage à ces hommes catapultés dans l’horreur de la guerre.

Le dessin :
La grande force de ce manga est incontestablement son dessin où l’auteur poursuit son jeu de contraste en utilisant un style Kawai (Mignon) tout en n’omettant aucun aspect des conséquences de la guerre. Les personnages, bien que caricaturaux, laissent échapper chaque touche de leurs personnalités. Le lecteur perçoit chaque émotion qui se dégage de ces derniers comme l’abattement le plus total de Takeda après la mort de son plus proche camarade en début de tome.
Chaque acteur de l’intrigue, croisé même furtivement, laisse son empreinte, montrant la puissance de l’efficacité du trait de l’auteur. Le dessinateur a pris un soin extrême à ciseler les décors qui jalonnent le récit montrant la flore luxuriante et son calme paradisiaque avant de retranscrire tout aussi justement la fureur des combats, immergeant le lecteur dans chaque étape de l’intrigue. En effet, les affrontements sont parfaitement détaillés, juste appuyés par une utilisation des onomatopées montrant le vacarme et la violence des batailles.
Le découpage n’échappe pas au jeu du contraste. Il se veut l’outil de l’auteur pour témoigner des dangers et des trésors de cette île, faisant de certaines cases un merveilleux spectacle contemplatif.
Le dessinateur décrit, également justement la mort omniprésente avec des cases chocs comme celle du soldat au visage déchiqueté par un obus qui implore sa mère. L’auteur a aussi fait un important travail de recherche afin de reproduire au mieux chaque engin de guerre, immergeant davantage le lecteur. Un tome au visuel surprenant mais maîtrisé par un mangaka talentueux qui parvient à décrire au plus juste le terrible visage de la guerre.

Peleliu est un témoignage fabuleux et se démarque par un trait habile et attachant, aidé par un scénario à l’angle de vue trop rare dans nos contrées.
Un tome nécessaire empli d’une certaine poésie qui montre que malgré le fracas des bombes, il reste toujours une étincelle de beauté. Un document vérité qui joue à merveille son rôle de devoir de mémoire afin que personne n’oublie cette jeunesse détruite par la guerre.

Par Vivien Arzul

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