Série Moriarty 1 - 9782505070733

Moriarty 1 Critique de Vincent Lapalus

22 juin 2018 - Tankobon broché 212 pages - Édité par Kana

Il n’y a rien de plus mauvais qu’un démon qui ressemble à un ange.
Une nouvelle incursion dans l’univers du célèbre détective de Sir Arthur Conan Doyle, mais avec un personnage principal qui n’est autre que son grand rival, le bien nommé James William Moriarty, Napoléon du crime et véritable génie du mal. La première page de ce manga nous présente d’ailleurs le célèbre final aux chutes du Reichenbach.

L’histoire se concentre sur la jeunesse du personnage de Moriarty et la construction de son empire du crime à travers l’Angleterre. Tout débute en 1866 avec William et son jeune frère Louis, deux garçons de classe sociale dite inférieure, adoptés tous les deux par la riche famille Moriarty qui comprend déjà deux fils prénommés Albert et William (coïncidence). Cette famille, pour se donner bonne figure et bon genre auprès de la “populace” et de la haute bourgeoisie anglaise, a donc décidé de prendre en charge et de soigner ces deux enfants (surtout Louis, étant cardiaque). Mais tout ceci n’est que mascarade. Ces pauvres garçons subissent les pires atrocités de la part de leurs parents adoptifs, de leur fils cadet ainsi que des domestiques pourtant issus de leur “rang”. Maltraitances diverses et humiliations en tous genres sont leur lot journalier. Etrangement, seul Albert, l’aîné, a de la considération pour William et Louis. Nous apprenons qu’il est à l’initiative de cette adoption. Pourquoi donc ?

Albert cache ses véritables intentions à tout le monde et surtout à ses proches. Pourtant, venant lui-même de cette catégorie supérieure de 3% qui dirige un pays, il ne supporte plus cette bourgeoisie esclavagiste, orgueilleuse et arrogante et veut tout simplement y mettre un terme. Lors de sa visite dans un orphelinat, sa rencontre avec Louis et surtout William, dont l’intelligence extraordinaire et cette personnalité de leader le conforte dans ses motivations. Une fois les garçons adoptés, il fomente un plan avec ses nouveaux frères, et décide avec eux de tout bonnement commettre le meurtre parfait et de se débarrasser sans le moindre remord de ses parents et de son frère cadet. Jugés irrécupérables, ils seront supprimés lors d’un repas mouvementé sans une once de compassion. Désormais les trois frères vivront de la fortune familiale et ainsi crééront leur propre force agissante. Parricide, matricide et infanticide sont commis et les monstres peuvent enfin sortir de leurs boîtes pour commettre des actes odieux, sous la cause de la violence nécessaire mais justifiée. Fin de la première partie qui met surtout le lecteur dans le “bain” avec des protagonistes détachés, méthodiques et sans pitié, malgré leurs visages angéliques.

Les chapitres suivants s’ouvrent sur un flashfoward d’un peu plus d’une décennie. Les frères Moriarty ont bien grandi, Albert fait carrière dans l’infanterie, William est devenu professeur de Mathématiques à l’université et consultant privé, tandis que Louis s’occupe de leur domaine dans la ville de Durham. Toujours désireux de débarrasser et de purifier le pays de l’aristocratie, ils continuent leur épuration en affrontant dans leur ville d’adoption un baron zélé et un collègue universitaire quelque peu calculateur. Ces deux antipathiques personnages assomment la population de taxes, de surcharges de travail, et lessivent ces pauvres bougres jusqu’à la mort. Voir pour le comptable de l’université de cacher les excès et les folies de ses étudiants avant qu’ils ne deviennent des personnalités importantes du pays. Il profitera de cette situation pour protéger les futurs grands et par la même occasion pratiquer du chantage aux familles ou à d’anciens élèves pour s’assurer un niveau de vie plus que correct. William James Moriarty, le consultant, s’abat sur eux avec l’aide d’acolytes et des villageois. Voilà comment est bâtit l’empire des frères, moyennant une forme de troc à échelle humaine. Ils aident les habitants à résoudre leurs problèmes divers mais ces personnes doivent se soumettre à leurs ordres sans poser de questions pour un plan beaucoup vaste et global. Un excellent début d’explication sur la création de cet organisation dite criminelle, invisible et silencieuse.

Là où le scénariste Ryosuke Takeuchi est original, c’est que Moriarty y est décrit comme un esprit contestataire et libertaire ; un anarchiste qui veut simplement renverser une classe dominante, oppressante et étouffante. Il croît en la liberté et l’égalité des classes. Le trio sous son apparence d’anges, cache en vérité de véritable monstres qui commettent des horreurs sous la bannière de la justice. Tuer ne leur procure aucune gêne ou regret, et ils vont jusqu’au bout de leur logique. Leurs actes sont assumés et assurés.
Sans pour autant cautionner leurs agissements, force est de reconnaître une certaine forme d’empathie à leur égard et de connaître la suite des événements. Joli tour scénaristique de l’auteur, proposant une nouvelle vision ou interprétation d’un vilain emblématique, qui peut être perçu comme un simple génie criminel ou Némésis du grand détective du 221 B Baker Street. Profondeur, personnalité et originalité qualifient le mieux le travail de Ryosuke Takeuchi sur ce titre.

Niveau dessin, Moriarty est le premier travail de Hikaru Miyoshi que je découvre. Son graphisme est très élégant de finesse. Sa mise en page quant à elle est classique, claire et espacée. Avec une bonne gestion des arrières-plans lorsqu’ils sont nécessaires, ce sont surtout les regards et les expressions faciales qui m’ont énormément plus. Tellement réussis qu’ils se passent parfois de décor, de fond ou de cadre. Un simple oeil ou une pose esquissés peuvent en dire long sur l’attitude ou les intentions d’un protagoniste. En clair les personnages sont dessinés de manière à être beaux, filiformes, surtout ténébreux. Un graphisme souple et subtil.

Moriarty est donc une lecture conseillée et divertissante pour tout fan de Holmes, que ce soit en roman, nouvelle, film, série TV ou dans notre cas en bande dessinée.

Une dernière question subsiste : Quelle image du célèbre détective va nous proposer l’auteur au vu de sa réinterprétation astucieuse du Napoléon du crime ? Mystère ! Mais c’est ce qui fait aussi le charme des prochains volumes.
L’Enfer est vide, tous les démons sont ici.

Par Vincent Lapalus

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