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Île errante (L’) 2 Critique de Vincent Lapalus

Série Ile errante (L’)
22 mars 2018 - Broché 190 pages - Édité par Ki-oon

Dans le premier tome, nous faisions la connaissance de Miruka Amelia, jeune demoiselle pilote d’hydravion, assurant le service postal d’archipels éloignés du Japon. Le décès de son grand-père l’avait lancée à la recherche d’une île constamment en mouvement et n’apparaissant sur aucune carte géographique, pour y livrer un colis à une certaine madame Amelia.

Nous suivons donc les nouvelles pérégrinations de la jeune aventurière dans ce second opus qui se déroule trois ans après le premier. Miruka n’en démord toujours pas et tente de retrouver Electriciteit, une île chimérique qu’elle a pourtant aperçue. La demoiselle a désormais réussi à la retrouver et même à y accoster afin d’honorer la promesse faite à son défunt grand-père. Miruka part à la découverte de cette masse de terre entourée d’eau, la vie y suit son cours et ses habitants y errent tels des spectres. Recherchant activement cette madame Amelia, notre exploratrice se lance donc dans une cartographie de l’île et n’ayant pour tout contact que les quelques mots d’un enfant et une mise en garde d’une vieille femme qui lui demande de repartir au plus vite.

Miss Amelia s’y trouve-t-elle toujours ? Pourquoi l’intrépide pilote a-t-elle une impression que le temps y est suspendu ? Pour l’instant les détails sont distillés avec parcimonie. L’héroïne déambule dans les rues pavées, découvrant cette "faune" et cette "flore" presque irréelles. Errance fantomatique dans un décor de village provençal, hors du temps mais surtout décidée à y rester pour comprendre ou trouver une signification à tout celà. Voilà tout simplement comment se referme cette suite sans que l’on en sache beaucoup plus.

Découvrir Kenji Tsuruta, c’est découvrir un univers riche et très personnel, à cent lieues d’un manga commercial et calibré pour un type de lectorat bien précis. Travaillant sans assistant, d’où une quantité minimale de séries, il n’en reste pas moins un artiste sur lequel il faut se pencher si on est amateur de fable "textuelle" et de jolis dessins.

Comme pour Souvenirs d’Emanon, L’Île Errante possède ce petit côté fantastique qui côtoie le réel. L’auteur nous propose sa vision du manga avec une histoire assez simple, mais riche en poésie, en mélancolie, d’ambiance assez douce, avec comme toujours un personnage féminin fort et déterminé, une jeune femme toute somme banale qui se retrouve dans une situation extraordinaire (pour le côté surnaturel de l’expédition). Pour ce deuxième volume, Kenji Tsuruta n’épure pas son dessin mais le texte. Il se déleste de tout dialogue superflu qui peut amener à une lecture plus rapide, mais pas nécessairement si l’on veut vraiment prendre son temps...

Pour le côté trait et dessin, Tsuruta émerveille par son art. Le dessin se veut beau, rond, doux lui aussi, détaillé avec beaucoup de hachures pour les effets de profondeur et de forme. Son découpage est très aérien, avec des pages à la fois légères et pourtant chargées de détails. Artiste autodidacte et solitaire, Kenji Tsuruta maîtrise totalement tous les aspects du mode d’expression qu’est le neuvième art, avec une grande habileté dans la gestion du noir et blanc pour une esthétique superbe, mise en valeur par ses trames "grisées". Avec aussi un soin particulier pour les expressions faciales des personnages. L’absence de bulle et de dialogue peut même mener à ne plus parcourir les planches que très rapidement, mais cela provoque plutôt l’effet inverse : au lecteur de s’attarder sur chaque case, et admirer le travail accompli par l’artiste.

Pour définir L’Île Errante, c’est très simple : quand le merveilleux de Miyazaki rencontre la féminité typée chère à Matsumoto, le tout mélangé à la mise en page cinématographique d’Ôtomo, et saupoudré d’un petit air du temps qui passe, avec au final un sentiment de ne pas bien savoir où nous embarque Kenji Tsuruta.

Certains n’aimeront pas, pour ma part j’adhère donc j’adore.

Par Vincent Lapalus

Notes des internautes: 5

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