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Bateau-usine (Le) Critique de Vivien Arzul

Oneshot
8 septembre 2016 - Broché 185 pages - Édité par Akata

L’histoire en deux mots :
Dans une maison traditionnelle japonaise, une famille est réunie pour une veillée funèbre. Pleurant la mort d’un ami, un frère un fils... ils tentent de comprendre les circonstances de son décès tragique. La piste la plus plausible réside sur un livre polémique relatant les conditions de travail terrible qui règnent dans les bateaux pêchant les crabes au Japon au début du XXe siècle.
L’histoire bascule dans l’une de ces usines flottante où se côtoient des malheureux désirant à l’aide de ce travail pénible avoir une vie meilleure pour eux et leurs proches. Cependant, le sort qui les attend est peu enviable, entre sévices de leur hiérarchie, travail à la limite de l’esclavage et la mort qui les menace chaque jour. Voici le destin d’un membre de cet infortuné équipage et qui va oser s’opposer à ces conditions en semant les graines de la révolte pour le bien de chaque marin embarqué sur ces bateaux-usines.

Le scénario :
le manga Ctant l’adaptation d’une grande oeuvre littéraire, il va sans dire que la trame du récit est d’une grande richesse. Le piège aurait été que cette transformation nuise au rythme de la narration ou perde des éléments-clés du livre, pourtant il n’en est rien. Le format manga colle parfaitement à cette histoire minutieuse, et permet à cet ouvrage d’être découvert par davantage de monde.
Il est incontestable de dire que la grande force de manga réside en son histoire touchante et difficile relatant avec exactitude la vie de ces hommes tenus de travailler sur ces bateaux. L’auteur n’oublie pas un seul des aspects de la vie de ces marins héroïques, le récit est construit de manière intelligente, commençant sur un embarquement presque festif qui montre l’effervescence du départ où les hommes rient, se découvrent et se livrent un peu. Cette euphorie du départ est pourtant contrastée pas les inquiétudes d’ancien pécheur. Cette introduction riche permet un attachement immédiat aux personnages et à leurs causes.
Puis le scénariste, tout au long de l’intrigue, dépeint avec une grande minutie le quotidien des hommes en évoquant les tempêtes, le mal de mer et les conditions de travail terribles aux cadences infernales, ce qui qui débouchent sur des passages de grande tension. C’est le cas notamment, lorsqu’une chaloupe se perd en pleine tempête ; l’auteur retranscrit à merveille la peur des marins sur le bateau pour leurs camarades livrés à eux-mêmes sur une mer déchaînée. Les passages durs ne manquent pas et contribuent à une implication du lecteur permanent dans le récit.
L’histoire, aussi profonde soit-elle, aurait beaucoup moins d’impact sans la formidable galerie de personnages dont fait l’objet ce volume. Le personnage qui crève véritablement les planches est sans nul doute l’intendant Asakawa. En effet, sa cruauté n’a pas d’égale et son mépris de la vie humaine pour le profit de sa société en font une ordure que le lecteur va apprendre à haïr tout au long de l’album. Ce personnage tyrannique montre une espèce de fanatisme pour le profit et se veut être une critique déguisée du capitalisme à outrance. De plus, son extrême brutalité et son mépris manifeste pour la vie humaine en font un personnage inoubliable qui collabore à la réussite de ce manga.
Les marins forment un corps fascinant, témoignant de leur grande cohésion, aux valeura en exacte opposition de celles de leurs intendants. Chacun des marins se montre attachant et saisissant par ses actions de bravoure ou par ce qu’ils subissent sur le navire. Le plus bel exemple est le vote de la grève vécu comme une délivrance risquée.
Le bateau-usine se montre être juste une retranscription des conditions de travail inhumaines de ces forçats de la mer faisant passer le lecteur par toutes les émotions.

Le dessin :
Gô Fujito réalise un exploit incroyable en parvenant à mettre son trait au niveau d’un scénario d’une rare excellence. En effet, l’auteur réalise un sans-faute graphique se montrant être la juste retranscription de cette intrigue incroyable.
Le travail de trame est absolument fabuleux, il se montre d’une efficacité redoutable, lors des tempêtes notamment, démontrant toute la fureur et la dangerosité des éléments. D’ailleurs, l’auteur parvient à retranscrire la mer et ses états avec une fidélité quasi photographique, apportant un plus graphique indéniable, la mer étant un personnage à part entière du récit. La vie sur le bateau n’est pas en reste : on ressent toute la force de la houle et la pénibilité du travail sur le bateau à travers le trait de Gô Fujito.
Le travail somptueux sur les trames permet aussi d’accentuer le dynamisme des planches durant des scènes témoignant d’une action quelconque, collant au rythme parfois soutenu de l’intrigue.
La réalisation des personnages est remarquable, le lecteur parvient à déceler le caractère des personnages du premier coup d’oeil. Cette justesse graphique apporte une légitimité à la profondeur du scénario.
Le découpage du récit est magistral, le dessinateur alterne des planches foisonnant de cases qui détaillent chaque élément, permettant ainsi de montrer la monotonie de leur travail ou sa difficulté. On trouve également des planches avec seulement trois ou quatre cases lui servant à montrer la violence, voir la brutalité de certaines scènes afin de faire en sorte qu’elle marque le lecteur. De plus, les pages très riche et regorgent de détails, ce qui contribue grandement à l’immersion du lecteur dans cette aventure humaine fantastique.
Les jeux d’ombres sont également maîtrisés à la perfection et montrent tout le talent de Gô Fujito dans le domaine.

Le Bateau-usine est un manga nécessaire, relatant une lutte incroyable d’ouvriers ayant bravé les conditions de l’époque pour une meilleure qualité de vie. Ce récit permet d’en savoir un peu plus sur l’histoire intime de nos voisins nippons. Cependant, une grande histoire ne serait pas grand-chose sans un dessinateur à sa hauteur et pourtant c’est chose faite dans ce tome unique.
Un manga pour les fans du genre mais qui saura séduire également les curieux et les amateurs d’histoire

Par Vivien Arzul

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