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Au mauvais endroit... Critique de Vincent Lapalus

Série Criminal
28 mars 2018 - Album 112 pages - Édité par Delcourt

Ed Brubaker et Sean Phillips, une équipe déjà responsable de pléthore d’excellentes séries telles que Sleeper, Incognito, Fatale, Fondu au Noir et Kill or Be Killed.
Pour être clair et direct, Criminal reste la meilleure production des deux artistes : polar sombre et nerveux, nous suivons donc dans ce septième tome Teeg et son fils Tracy (personnage principal des tomes 2 et 5).

L’histoire se situe dans les seventies, avec une pagination en deux chapitres. La première centrée sur Teeg Lawless et la deuxième sur Tracy Lawless, âgé d’une douzaine d’années. Teeg est un personnage mentionné dans les tomes 1 et 2, et apparu en force dans le 3. Complètement déglingué suite à un retour du Vietnam, le pauvre bougre souffre d’un syndrome post-traumatique et d’une vie avec lequel il est en parfait décalage. Braqueur, voleur, violent, alcoolique, drogué, en rupture avec tout et tout le monde. Il bat sa femme, voit ses enfants comme des potes, le pur produit barge devenu voyou. Il est craint de pas mal de monde et n’a aucune limite dans l’utilisation de la violence.

L’action démarre pour ce volume avec l’emprisonnement du sieur Teeg après un braquage pourtant réussi et surtout un "toast" arrosé dans un bar pour fêter l’événement. S’ensuit une bagarre où il manque de tuer à mains nues un biker qui n’est pas un ange pour autant. Teeg se fait embarquer et passe un mois en cabane en raison de sa non-présentation lors d’une convocation devant le juge. Teeg fait son mois, mais les ennuis le rattrapent. Un contrat de type ouvert est mis sur sa tête, et son boss, très déçu de son homme de main, ne veut pas le faire protéger en prison. Lawless regagnera les faveurs de son patron que si il s’en sort vivant et, surtout, sans l’aide de personne. Cet emprisonnement sera long et pénible. Teeg basculera de plus en plus dans la folie et sèmera les gueules cassées et les cadavres derrière lui. Les taulards ne se font pas de cadeaux entre eux, et les matons détournent leur regard. Lawless, lion en cage s’en donne à coeur joie. Enragé et tenace, les passages à tabac ne lui font plus peur et il s’en sortira avec les honneurs. Le directeur de la prison, et on le comprend, ajourne son emprisonnement. Teeg retrouvera le responsable et connaissant le bonhomme, la situation finira d’une manière tragique.

La deuxième partie s’ouvre sur la cavale, et surtout un boulot de "casseur de genoux", mené tambour battant par Teeg accompagné de sa descendance de douze ans Tracy. Road-movie jubilatoire d’un fils et de sa perception toute personnelle de son géniteur. Petit homme qui porte un regard à la fois triste et plein d’amertume envers celui qu’il sait être son père mais qu’il ne peut plus voir d’un amour paternel. Le p’tit gars fait le chauffeur, le guet, repère les lieux et assiste aux méfaits de son père toujours d’une manière très stoïque du haut de son jeune âge, lui qui aimerait faire comme tous ses petits camarades, jouer et avoir des amis. Tracy est traité comme un partenaire de braquo plus qu’un enfant. Il rencontrera dans son périples une petite fille, un peu comme lui, en marge, mais coupera court à cette amitié naissante de peur des réactions d’un Teeg complètement instable. Vision cauchemardesque où la fatalité s’acharne même sur les plus jeunes avec un final tout aussi violent sans espoir d’un quelconque bonheur à l’arrivée.

La force de Brubaker et Phillips est d’être raccord aussi bien dans le récit que dans le dessin. La deuxième partie est la plus passionnante, situer l’action du point de vue de Tracy est un bel effet de narration et le lecteur est tout de suite prit dans l’histoire. Affection et tristesse pour ce petit garçon sont le moteur d’accroche de ce volume. Brubaker comme notre Fabien Nury national, aime le polar, connaît le polar, use de tous les codes du polar mais le fait de bien belle manière. Comme Nury, il y a un petit plus dans son écriture. Un bel équilibre dans l’action, les situations et le traitement des personnages. Le lecteur en a pour son argent et est bien ménagé. Phillips, à l’image de son scénariste, garde un dessin réaliste, joue bien sur la lumière et les ombres avec un encrage subtil. Simplicité et efficacité pour l’oeil, pas besoin d’en faire des tonnes.

Criminal se veut un Sin City réaliste. Un univers fictif très cohérent. Pas de personnage principal mais toute une faune de protagonistes qui pataugent la plupart du temps dans le caniveau. A mes yeux la meilleure production du duo, aucune baisse d’intérêt, avec pour le moment sept tomes au compteur, tous de haute volée. Chaque volume peut être lu séparément, mais se complétant parfaitement.

Au mauvais endroit... au mauvais moment est un best comics 2018 assurément.

Par Vincent Lapalus

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