Série Guerre (Ma) - De la Rochelle à Dachau - 9782369812951© 2017 Rue de Sèvres / Oger

Oneshot

Guerre (Ma) - De la Rochelle à Dachau Critique de Vivien Arzul

22 février 2017 - Album 88 pages - Édité par Rue de Sèvres

Les bandes dessinées sur l’Holocauste sont nombreuses, et nécessaires tant elles sont essentielles au devoir de mémoire. Des albums sur ce thème sont célèbres à travers le monde comme

Maus
Maus
Maus est une Bande dessinée écrite et dessinée par Art Spiegelman réalisée dans les années 1970 et 1980, aux États-Unis, à New York, traitant des (...)
Scénariste: Art Spiegelman
Dessinateur: Art Spiegelman

d’Art Spiegelman ayant même reçu le prestigieux prix Pulitzer. Cette racontant le parcours du père de l’auteur, de sa vie paisible à sa déportation n’a cessé depuis de toucher les lecteurs.
À l’instar de son homologue américain, Tiburce Oger prend la plume et le pinceau pour raconter à travers les souvenirs de son grand-père les affres de cette guerre. L’auteur assure donc également la partie graphique de l’album, et parvient avec son talent à immortaliser remarquablement le propos de son aïeul. L’auteur y relate à travers les douloureux souvenirs de Guy-Pierre Gautier son combat pour la vie et la liberté.

L’histoire en deux mots :
Mai 2015, une délégation d’anciens combattants patiente lors d’une cérémonie militaire. Un homme impassible attend son tour, alors que la pluie martèle son crâne, il reste figé sous la pluie en attendant sa décoration. Le regard dans le vide, il se met à penser que beaucoup sont oubliés en ce jour. Perdu dans ses pensées, les souvenirs reviennent à lui, telles des marques au fer rouge dont la douleur est toujours vivace.
Il se revoit alors à Dachau en 1945, attendant également sous la pluie, non pas pour une médaille mais avec l’espoir fou de tenir un jour de plus. De là, les souvenirs s’entremêlent entre son enfance heureuse à La Rochelle et le quotidien terrible du camp. Puis ces derniers se font plus précis, il se remémore l’arrivée des Allemands et l’envie d’agir qui le conduira à devenir une figure emblématique de la résistance locale. Cet engagement le conduira dans l’enfer concentrationnaire et il y connaîtra des souffrances indescriptibles. Alors qu’il attend sa décoration, il revit son combat pour son pays, sa guerre contre l’Allemagne nazie, sa guerre pour la vie.

Le dessin :
Tiburce Oger montre tout son talent avec cet album, il le démontre notamment avec la superbe couverture qui présente l’album. À travers cette dernière, le dessinateur décrit avec très peu d’éléments le quotidien terrible des prisonniers des camps, en le dépeignant pieds nus dans la boue, en haillons, sur fond de barbelés. Il démontre avec cela, l’insalubrité et le danger omniprésent dans ces camps de la mort. Enfin, la posture du personnage regardant le ciel avec insistance est révélatrice de l’espoir fou de survivre à cet enfer.
Cette couverture est sublimée par une mise en couleur absolument magnifique qui met également en valeur le graphisme de l’album. Scripturaire indéniable, il parvient avec justesse à retranscrire les émotions des personnages. En effet, on peut lire la rage et la cruauté chez les soldats nazis ou encore la terreur effroyable des internés des camps. L’ambiance de l’album est appuyée par un travail de documentation précis qui apporte une crédibilité incroyable, en immergeant davantage dans le récit.
On l’observe à travers la retranscription des différents environnements qui jalonnent l’album. Le découpage du tome n’est pas en reste, rendant certaines scènes vivantes et palpitantes comme la scène du sabotage. Ces scènes sont mises en valeur de belle manière afin de rendre hommage à ces actes héroïques. Tiburce Oger l’utilise aussi à bon escient pour retracer l’ordinaire des prisonniers.
Le dessinateur réussit l’exploit graphique de faire ressentir l’atmosphère des camps de la mort à travers son trait. Que ce soit à travers la représentation des personnages et de leurs émotions mais aussi de leurs conditions de vie.
Cet exercice difficile est accompli avec talent tant il rend l’émotion palpable sans tomber dans le mélodrame.
Tiburce Oger déclame par son trait au fil des cases un vibrant hommage à ces hommes et femmes ayant lutté pour leurs idées ou contre un oppresseur.

Le scénario :
L’auteur a la lourde tâche de coucher sur papier l’histoire de son grand-père. Ce lien familial n’entrave en rien le biographe qui parvient à nous livrer une histoire touchante et précise. De plus, même si l’intrigue s’articule autour du souvenir, le scénariste s’efforce de retranscrire avec fidélité ces derniers dans la narration. En effet, il choisit de respecter les souvenirs de son aïeul avec un début d’album qui peut paraître un peu confus. Mais ce procédé montre la bousculade de ces derniers lors de la remise de médailles, comme si cette cérémonie ravivée tout cela.
Le scénariste stabilise le récit pour conter le combat de Gauthier dans la résistance et le livre avec une grande exactitude. Cette description est l’occasion de rendre hommage à chaque compagnon d’armes de ce dernier afin qu’il ne soit jamais oublié. La description de leurs actions est faite avec la plus grande des précisions et apporte un dynamisme incontestable à l’album. De plus cela met en évidence les dangers encourus par acteurs de ces faits, quels que soient leurs échelles et apporte une tension certaine au récit qui est loin d’être déplaisante. Le choix de l’auteur d’alterner les souvenirs heureux de l’enfance et ceux, terribles, des camps est une très bonne idée car il permet aux lecteurs de respirer un peu dans cette ambiance difficile.
De plus, ces nuances avec des passages plus légers permettant ainsi d’évoquer les espoirs de ces hommes durant leur combat ou leur détention et permet de monter tous les aspects de ces soldats de la liberté. On observe ces contrastes avec le souvenir de l’officier qui l’aide à Dachau au péril de sa vie ou encore avec son premier départ du camp après la Libération.
Le récit livre une quantité incroyable d’anecdotes sur la vie des camps et sur le quotidien de la Résistance. Ces dernières apportent un complément d’information fabuleux tant cela permet d’en apprendre davantage sur l’intimité des gens ayant vécu cette période.
Le scénariste n’occulte aucun passage de la vie de son aïeul, et exploite parfaitement à travers le récit le parcours incroyable de ce dernier. Cette description fidèle apporte une profondeur saisissante et montre l’intégralité du parcours de ces résistants. De plus, il aborde aussi avec beaucoup de brio le retour de ces survivants qui doivent faire face à l’incompréhension des proches devant à l’horreur.

Le scénariste livre un récit authentique et touchant qui devient au fil des pages une pierre à l’édifice du devoir de mémoire sur cette période inhumaine. Ma guerre est un album fabuleux qui rentre dans le panthéon des ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale et sur les camps de la mort, que ce soit à travers son dessin sublime ou son scénario rigoureux et touchant qui transporte le lecteur dans une lecture difficile mais nécessaire

Vivien Arzul

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