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Attaques répertoriées Critique de Lionel Dekanel

Oneshot
31 mars 2010 - Broché 144 pages - Édité par Calmann-Levy

Il faut se faire une raison, les zombies sont parmi nous. Et pas depuis hier. Depuis l’aube de l’humanité. En fait, à partir du moment où l’homme est apparu, surtout homo sapiens d’ailleurs, les zombies ont commencé à batifoler à leurs côtés. Sans que, pour l’instant, on ne connaisse réellement l’origine du phénomène. Certes, vu qu’on ne croise pas des zombies à tous les coins de rue, beaucoup ne croient pas en leur existence, pas plus qu’à celle des vampires, des fantômes ou des extra-terrestres. C’est un tort. Un, en tout cas, qui y croit mordicus, c’est Max Brooks, qui a voué sa vie à leur étude et qui a pour vocation de nous affranchir sur le sujet grâce à quelques ouvrages salutaires autant qu’indispensables à la bonne compréhension de la chose. Max Brooks est le fils de Mel Brooks et de l’actrice Anne Bancroft. Daddy Brooks, acteur et réalisateur, est responsable de quelques chefs d’oeuvre du septième art (« Les producteurs », « La dernière folie de Mel Brooks », « La folle histoire du monde », « Le shérif est en prison », « Frankenstein Junior »).

Membre de l’équipe du « Saturday night live », Max a hérité de son père un sens de l’humour typiquement anglo-saxon, souvent noir, proche de l’absurde, très second degré. On a découvert son talent de conteur, en France s’entend, avec le roman « World war Z » puis le « Guide de survie en territoire zombie », tous deux parus chez nous en 2009. Pour ceux qui ont vu le film « World war Z » sorti en 2013, réalisé par Marc Forster avec Brad Pitt dans le rôle principal, sachez qu’il est loin d’arriver à la cheville du roman. Hollywood en a fait un gros blockbuster de science-fiction insipide et peu inspiré, notamment du fait que les scénaristes l’ont expurgé de toute la dérision que lui avait insufflé Max Brooks. Ce qui lui fait perdre une bonne partie de son intérêt. Quitte à frissonner devant un film de zombie, je ne saurais trop vous conseiller les œuvres complètes de George Romero, ou encore le très britannique et très drôle « Shaun of the dead » d’Edgar Wright avec l’irrésistible paire d’acteurs Simon Pegg et Nick Frost.

Mais revenons à Max Brooks qui nous sert son troisième opus consacré aux zombies. Cette fois sous forme de bande dessinée. Brooks en a écrit le scénario, tandis qu’Ibraim Roberson l’a mis en images. Précisons qu’il s’agit d’une réédition en format « poche ». L’originale, en anglais, est parue en 2009 et la première édition française l’année suivante chez Calmann-Lévy. Si j’ai mis poche entre guillemets, c’est que, bande dessinée oblige, il ne s’agit pas d’un standard habituel pour le genre, il est un peu plus grand (14,5 x 21 cm), mais néanmoins plus petit que le format comics. Pour ce qui est du contenu, il s’agit en fait de l’adaptation BD d’attaques répertoriées de zombies à travers les âges et le monde telles qu’elles étaient déjà détaillées dans la dernière partie du « Guide de survie en territoire zombie ». Le guide en listait beaucoup plus, ici Max Brooks se concentre sur une douzaine d’entre elles. Depuis l’Afrique préhistorique jusqu’aux Etats-Unis d’aujourd’hui en passant par l’Egypte et la Rome antiques, la Russie et le Japon médiévaux, la Seconde Guerre Mondiale ou l’URSS de la Guerre Froide.

Chaque histoire s’étale sur une douzaine de pages en moyenne, l’auteur n’a donc pas le temps de trop diluer son propos. Il s’agit plus d’un style narratif se rapprochant de la dépêche d’agence, avec un simple exposé des faits, sans commentaire superflu. Selon les cas, les dénouements sont parfois heureux, parfois tragiques, parfois incertains, parfois prévisibles, parfois inattendus. En l’espèce, Max Brooks sait varier les plaisirs. Et l’on ne peut s’empêcher de penser qu’il a dû beaucoup lire (et/ou visionner) « Les contes de la crypte », tant l’esprit de cette série survole cet ouvrage. En revanche, compte tenu du style choisi, sec et concis, et comme c’était déjà le cas dans cette partie du « Guide de survie en territoire zombie », on ne trouve que très rarement trace de l’humour qui sous-tend habituellement ses livres. Même s’il nous arrive d’esquisser un sourire au détour d’une case ou d’un phylactère. Comme dans l’histoire se déroulant en Mandchourie occupée par l’armée japonaise où les soldats chinois de l’Armée de Libération Populaire n’ont aucun mal à se défaire de leurs agresseurs morts-vivants puisqu’ils sont entraînés à systématiquement viser la tête de leurs adversaires, ce qui, comme chacun sait (ou devrait le savoir), est le seul moyen de détruire un zombie.

Ce style bref et précis se marie fort bien au graphisme du brésilien Ibraim Roberson, un noir et blanc réaliste, presque clinique. C’est déjà lui qui illustrait le « Guide de survie en territoire zombie », il connaît donc bien le thème. Son dessin rend parfaitement compte de l’angoisse qui doit étreindre le quidam lambda brusquement mis en présence d’une horde de zombies fort peu amicaux. Oui oui, riez, mais je voudrais bien vous y voir, vous, aux prises avec des bipèdes en putréfaction qui n’ont qu’une idée fixe, vous bouffer le cerveau. Je ne suis pas sûr que ce soit vraiment un dîner de gala. D’autant que le couteau et la fourchette sont largement optionnels chez eux. Et je ne vous parle même pas de la serviette.

Avec sa prose, Max Brooks nous met largement en garde contre cette menace. Des opuscules dont la lecture devrait être obligatoire afin de nous préparer au mieux à une attaque surprise. Statistiquement loin d’être improbable si l’on considère que les zombies peuvent végéter même dans les conditions les plus hostiles, tant qu’ils gardent la tête sur les épaules, avant de trouver le créneau idéal pour se faire un resto. Personnellement, je garde tout mon petit barda de survie à portée de main, on n’est jamais trop prudent. Après, vous faites ce que vous voulez, mais ne venez pas vous plaindre si, un jour, un énergumène malodorant tente de vous ouvrir la boîte crânienne avec son dentier alors que vous n’aurez pas votre machette personnelle pour le décapiter proprement et ainsi repousser ses avances.

Par Lionel Dekanel

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