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Astérix, les bagarres, le pop-up ! Critique de Lionel Dekanel

Oneshot
21 octobre 2015 - Cartonné 16 pages - Édité par Chêne (Editions du)

Un album d’Astérix, c’est comme un bon vieux western, sans bagarre, ça a beaucoup moins de saveur. Et des bagarres, les aventures du petit gaulois en regorgent. Au moins une par album, sinon ce n’est pas la peine. Des bagarres qui sont le sujet de ce superbe ouvrage, un livre de pop-ups, ces pages qui, une fois ouvertes, se déplient, prennent du volume et présentent de petites saynètes en trois dimensions. Il y en a sept ici. Et comme, dès la double page de garde des albums, on voit Astérix avoiner un romain, tandis qu’Obélix, tenant trois légionnaires amochés sous le bras, tente d’amadouer Panoramix en train de préparer de la potion magique pour en avoir une louchée, le premier pop-up de l’ouvrage reprend cette petite scène. Dans les albums, on n’aperçoit que les pieds du romain assaisonné par Astérix. Ici, on peut enfin voir à quoi il ressemble, déjà en pleine ascension, juste avant qu’il ne sorte du cadre. D’entrée, le ton est donné. Car José Pons, le concepteur des pop-ups, s’est évidemment inspiré de scènes de bagarres tirées des albums, sans en reprendre le design trait pour trait, mais en l’adaptant pour rendre plus spectaculaires ces scènes qui, par la force des choses, fourmillent de détails.

Petit panorama de ce qui vous attend à l’intérieur. Honneur aux dames pour ouvrir les hostilités, puisque la première castagne met aux prises les femmes du village, sur la petite place sise entre la forge de Cétautomatix et la poissonnerie d’Ordralfabétix, qui a d’ailleurs fourni, à regret on s’en doute, les poissons servant d’armes contondantes à ces maitresses femmes. Les deux habituels ennemis regardant tout ça d’un air dubitatif, tandis que Panoramix cueille des fleurs, qu’Abraracourcix, juché sur son bouclier, taille le bout de gras avec Agecanonix, qu’Astérix et Obélix rentrent de la chasse aux sangliers et qu’Assurancetourix, une fois n’est pas coutume, profite du capharnaüm pour entonner une petite chanson depuis le sommet de l’arbre où il a bâti sa cabane. Une petite scène champêtre et bucolique quoi. Les hommes du village ne pouvaient décemment pas être en reste après une telle introduction, ce sont donc eux qui prennent le relais. Sûrement encore une histoire de poissons pas frais, puisque les pauvres bêtes sont, une nouvelle fois, mises à contribution. Sans Panoramix, qui ne se mêle jamais, de toute façon, de ces jeux de vilains, ni Astérix, tous deux devisant paisiblement, assis sur un rocher, des bonnes vieilles traditions du village. Les bastons intra-muros, c’est bien joli, ça raffermit les muscles et ça entretient un corps sain, certes, mais il ne faudrait tout de même pas oublier que le petit village armoricain est cerné par quatre camps romains remplis de légionnaires, et que ce sont eux les véritables ennemis. Donc, sus aux romains dans le troisième tableau, devant la muraille de bois du village. Et, cette fois, tout le monde répond présent. Il ne s’agirait pas que le voisin distribue plus de baffes que soi-même, non mais. Une fois qu’on a rappelé quelques règles élémentaires de savoir-vivre à l’occupant, rien de tel qu’une vivifiante promenade en mer pour Astérix et Obélix, pris en stop par un navire marchand phénicien qui, le hasard faisant bien les choses, croise la route d’un bateau pirate, dont je crois savoir qu’il a déjà fait affaire avec nos deux irréductibles. D’ailleurs, tout le monde reconnaît nos deux amis sur la nef battant pavillon noir, comme en témoignent Baba (« Les gau... Les gau... Les gaugau... ») et Barbe-Rouge, le capitaine (« Les fous !! »), chacun à sa façon. Il va de soi que la scène est immortalisée juste avant la distribution de torgnoles, sinon, seul Triple-Patte serait encore en état de proférer la traditionnelle locution latine dont il a le secret.

Une fois débarqués, dans quelque région désertique d’Afrique du Nord, nos deux héros retrouvent leurs vieux amis romains. Ceux-ci s’empressant de former la tortue face à cet ennemi manifestement supérieur en nombre, ce qui n’arrête guère nos deux lascars, qui savent fort bien comment ouvrir en deux la carapace de la bestiole pour en extraire les organes internes, les légionnaires formant icelle. En arrière-plan, sur une petite éminence, Jules César, un brin dépité, se demande s’il a bien fait de venir pour voir ça. Comme il se doit, tout se termine par un banquet, sans bagarre donc, Assurancetourix n’opposant guère de résistance quand Cétautomatix le ficelle comme un saucisson et le bâillonne avant de l’attacher à un arbre, lui évitant ainsi de trop forcer sur ses précieuses cordes vocales. Tant de prévenance ne peut que nous émouvoir. Assurément, voilà de la belle ouvrage, dont l’édition tombe évidemment à pic avant les fêtes de fin d’année.

Ce pop-up pouvant d’ailleurs compléter le dernier tome des aventures d’Astérix, « Le papyrus de César », sous le sapin. J’imagine que la conception d’un tel livre est un beau défi technique, surtout quand on multiplie le nombre des éléments de chaque scène. Pour le lecteur, le principal problème est souvent de le replier sans l’abîmer, ce qui se fait assez facilement ici, sauf pour la scène de bagarre avec les romains devant le village, où le phylactère d’un centurion a tendance à s’accrocher avec l’élément représentant Astérix, il n’y a pas de hasard. Mais ce n’est qu’un détail. Dans l’ensemble, tout se passe bien si l’on prend un minimum de précautions.

Par Lionel Dekanel

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