Dans le vaste monde du neuvième art, on peut compter beaucoup d’appelés pour peu d’élus. Désormais bon nombre d’auteurs se tournent vers l’autoédition, soit pour pouvoir diffuser et éditer leur travail faute d’éditeur, soit pour jouir d’une liberté totale sur leurs créations. C’est dans cette optique de liberté que Yannu’, un jeune dessinateur avignonnais, a pu enfin imprimer sur papier son univers et ses idées uniques.
Avec Vivement la mort 1, cet auteur atypique réalise un rêve, et permet également au plus grand nombre de découvrir son talent et son album qu’il réalise chaque semaine en improvisation devant un public.

L’histoire en deux mots :
Un flash, un cri, une chute, un homme tombe brusquement du ciel dans un désert aride et sans vie. L’atterrissage est difficile, une fois ses esprits retrouvés le jeune homme hagard cherche à savoir où il se trouve. Il hurle, fouille, marche mais aucune âme ne croise son chemin. Après des heures d’errance, il tombe sur une mystérieuse borne d’aide qui va lui apprendre après un échange rocambolesque qu’il est mort !
Le jeune homme sans nom va devoir alors digérer cette terrible nouvelle et se faire à sa nouvelle condition tout en découvrant un environnement inconnu.

Le dessin :
Yannu’ est un dessinateur autodidacte et pourtant, on ne sent que très peu d’amateurisme à travers son trait. En effet, le dessinateur se montre très à l’aise dans cet univers créé par ses soins, la réalisation des personnages est particulièrement réussie et contribue à l’empreinte unique de cet album. De plus l’auteur s’est extrêmement impliqué dans la retranscription des sentiments et de l’expressivité de ses personnages. Nous pouvons observer cette maîtrise avec le personnage principal que l’auteur fait passer par toutes les émotions, en les retranscrivant admirablement bien, ce qui permet au lecteur un attachement fort à ce malheureux héros. L’auteur parvient avec brio à coucher sur papier l’ambiance confuse de l’album à travers la réalisation des environnements que traverse le héros : désert, jungle, plage désolée augmentent ainsi l’idée d’une planète purgatoire. Le seul petit bémol graphique à noter dans ce tome maîtrisé est que, malgré un retravail au pinceau et à l’encre de chine de chaque planche, certaines cases manque d’aplats noirs. Cependant, cela n’entrave en rien à la compréhension graphique de l’album.
Mais le véritable le point fort visuel de cette bande dessinée réside dans l’élaboration des monstres et autres créatures qui peuplent cet étrange endroit. L’auteur développe à travers ce volume un bestiaire riche avec pour inspiration des mythes connus comme les sirènes, qu’il va détourner pour en faire des personnages graphiquement loin de l’imaginaire collectif, mais cohérent à l’univers de l’album. Certaines créatures quant à elles montrent tout le talent et l’inventivité de Yannu’ car elles sont à la fois pour certaines mi-animales, mi-machines tandis que d’autres semblent tout droit sorties d’un cauchemar, avec leurs crocs acérés et leur aspect inquiétant.
Le dessinateur a su imaginer également des personnages compagnons charismatiques, indissociables du héros et de l’univers comme Krapozob. Nous pouvons également observer les influences de l’auteur à travers l’ébauche de certains personnages. C’est le cas pour celui du chasseur qui semble inspiré du personnage Jean-Pierre Polnareff du manga JoJo’s Bizarre Adventure - Stardust Crusaders, avec sa coupe de cheveux emblématique. Enfin l’album est chapitré de merveilleuses illustrations en couleur mettant en valeur le chapitre précédent.

Le scénario :
Yannu’ a su construire son récit à travers une trame simple tout en enrichissant son intrigue au fil des pages. Il a trouvé avec intelligence le juste milieu entre humour et aventure en incluant un soupçon d’émotion. Ce procédé habile permet aux lecteurs de ne pas s’ennuyer une seconde dans cette histoire dense et bien construite.
L’auteur a eu la bonne idée d’élaborer son scénario comme un parcours initiatique. En effet le personnage principal découvre et apprend en permanence dans cet univers particulier dans lequel il évolue désormais. Cette découverte perpétuelle permet de tenir le lecteur en haleine et donne au récit une fraicheur indéniable. Le scénario de cette odyssée trépidante met l’aventure avec un grand A au premier plan à travers les péripéties incroyables du personnage, que ce soit durant la chasse du Krapozob avec le chasseur ou durant l’errance du héros dans les paysages menaçants.
Pour revenir sur l’humour ; il est distillé par petites touches bien senties et fait mouche à chaque fois. Ce procédé permet ainsi aux lecteurs de souffler dans cette ambiance malgré tout inquiétante. Nous l’observons notamment lorsque le héros découvre son nom grotesque en contradiction avec cet univers apocalyptique. Cependant, cette intrigue incroyable ne serait rien sans tous les protagonistes admirablement bien construit. En effet, chacun des personnages croisés dans l’album déborde d’un charisme surprenant et donne envie d’être revu plus tard dans la série. Chacun d’entre eux apporte une richesse à l’intrigue avec leurs grands potentiels.
Enfin, Yannu’ parvient avec justesse à inclure dans son histoire pleine d’aventure une note d’émotion fabuleuse en fin de tome qui donne à son héros une dimension particulière emplie de poésie.

Vivement la mort est une série réussie réalisée dans des circonstances inédites avec une maîtrise graphique indéniable et un environnement incroyable. Mais au-delà de réussir un album soigné, Yannu’ arrive à faire naitre une œuvre unique avec scénario oscillant entre aventure rocambolesque et quête fantastique à travers un lieu recelant mille possibilités.

Cet album auto-édité est disponible à l’adresse http://iamyannu.wixsite.com/yannu/product-page/vivement-la-mort-tome-1.

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