Le manga a su véritablement explosé ces vingt dernières années, assommant presque le marché par une avalanche de sorties nippones. Cependant ce style de bande dessinée aura su inspirer nombreux auteurs de l’hexagone tels que Reno Lemaire avec Dreamland ou Elsa Brants avec Save me Pythie. Malheureusement, ces nombreuses sorties empêchent certains jeunes auteurs d’être publiés et ceux-ci peinent à trouver un éditeur.
C’est le pari qu’a entrepris Nanachi éditions en 2013 et c’est grâce à cette dernière que Chibi Dam’z a pu sortir son manga à la française. Le jeune créateur imaginatif est à la plume et aux pinceaux de cette histoire épique et intense. Ce tome, réalisé en 2012, et sorti cette année n’est que les prémices du potentiel et du talent de l’auteur dont le troisième est en préparation.

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Extrait 1 My Destiny T1 (Chibi Dam’z)

L’histoire en deux mots :
Dans le nord de la France, une femme s’apprête à donner la vie. Après la venue de l’enfant au monde, la jeune femme se trouve en proie à de terribles visions et voit en son enfant une incarnation diabolique. La jeune mère très pieuse ne le supporte pas et quitte sa chambre d’hôpital pour se réfugier sur le toit. Une fois là-haut, elle se retrouve confrontée à un véritable démon qui renforce ses craintes, en lui certifiant que son enfant est bel et bien une incarnation du malin.
Après quelques palabres, il lui apprend qu’il est en réalité la réincarnation d’un des fils du diable tué des décennies plus tôt par un ange lors d’une guerre terrible. Décidé a récupérer le nourrisson pour lui rendre sa place au sein de l’ordre démoniaque, le guerrier des ténèbres met tout en œuvre pour réaliser son dessein. L’enfant ne doit son salut qu’à l’intervention fortuite d’un ange bienfaiteur et du courage d’une infirmière pour échapper à la créature maléfique. Commence alors une bataille cataclysmique où le bien et le mal s’entremêlent avec comme épilogue le sort de l’humanité

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Extrait 2 My Destiny T1 (Chibi Dam’z)

Le dessin :
Chibi Dam’z livre ici son premier album, et même si son trait laisse transparaitre un certain amateurisme, il dégage de cette dernière une énergie remarquable qui sert le récit.
Il émane de son graphisme comme une certaine nostalgie tant il fait penser à l’ambiance visuelle de certains mangas des années 90. Il est indéniable également que l’auteur est grandement influencé par des auteurs comme Akira Toriyama. En effet, certaines cases font clairement écho à l’œuvre de ce dernier, notamment lors des scènes de combat. Mais là où l’influence est la plus flagrante, c’est dans la réalisation du démon qui fait clairement penser à Freezer. Cette inspiration sous-jacente n’est en rien gênante et n’entrave en rien la cohérence graphique du tome.
L’auteur a pris un soin particulier dans la réalisation des démons, il a su retranscrire merveilleusement leur rage, leur folie destructrice et leur haine de l’humanité. Le seul bémol scripturaire dans l’ébauche du tome réside dans l’élaboration des environnements et des décors, mais cela est vite oublié par le soin apporté aux personnages et aux batailles. En effet, le dessinateur tire véritablement son épingle du jeu, à travers la réalisation des combats qui sont au cœur de l’album. Ces derniers sont particulièrement dynamiques, servis par un découpage efficace. On retrouve dans ces rixes l’empreinte de Dragon Ball, pourtant l’auteur parvient à leurs donner une identité propre grâce à des particularités graphiques typiques de son univers.
Enfin Chibi Dam’z intronise son album avec une couverture réussie schématisant à merveille l’esprit de la série.

Le scénario :
L’auteur livre une histoire qui peut s’avérer un peu trop manichéenne de prime abord, mais qui se révèle plus riche de page en page. De plus, il a su créer une hiérarchie au sein des forces du mal avec des personnages charismatiques. Il choisit de dépeindre cette caste en évoquant le passé de la précédente réincarnation du démon à l’intérieur de l’enfant. Ce procédé apporte une plus grande densité à l’intrigue, de plus l’auteur l’intègre dans un contexte historique réel, la Seconde Guerre mondiale.
Chibi Dam’z fait ainsi le parallèle parfait entre la barbarie de l’époque et une existence ésotérique possible. Néanmoins, l’auteur ne se contente pas de mettre en lumière les démons dans son récit, il équilibre ces derniers en apportant autant d’informations sur les anges et leurs à travers des personnages particulièrement bien construits.
L’auteur a su trouver un moyen intelligent d’immerger davantage le lecteur dans l’histoire en créant un dialecte et des incantations propre à chaque caste. De plus, le scénariste a su admirablement gérer le fil rouge de son histoire avec cet enfant possédé. Il parvient à faire de lui un personnage auquel on s’attache malgré le danger qu’il représente.
Enfin, avec sa fin dantesque, l’auteur a su faire adroitement rebondir son intrigue et donne des pistes sur une suite qui s’annonce épique.

My destiny est le premier tome d’un auteur volontaire qui laisse transparaitre sa passion pour le manga à travers chaque page. Ce tome saura plaire tant au passionné du genre, qu’au curieux du neuvième art souhaitant soutenir et découvrir un auteur et une maison d’édition pleins de promesses.

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