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Superman : Red Son, par Mark Millar, Dave Johnson et Kilian Plunkett, éditions Panini Comics, novembre 2005

lundi 14 novembre 2005, par Thomas Clément


Publiée aux Etats-Unis en 2003 par DC Comics, cette mini-série nommée Superman : Red Son est un elseworld, le pendant DC du What If de Marvel. Voici donc une aventure de Superman en dehors de la continuité de la série régulière, basée sur une question plutôt originale : que se serait-il passé si le vaisseau spatial transportant le bébé qui allait devenir Superman s’était écrasé en Ukraine plutôt qu’à Smallville ?

Rappelons que le personnage créé en 1940 par Jerry Siegel et Joe Shuster est devenu au fil du temps l’un des plus emblématiques (et des plus caricaturaux) de la culture yankee, associé très fortement au rêve américain. Le transposer dans une URSS de la guerre froide, soutenant le régime de Staline, est une idée séduisante, qui laissait présager une bande dessinée intéressante.

Malheureusement, il faut avouer que le scénariste ne joue pas le jeu jusqu’au bout. Manquant de discernement, ce Superman communiste est tellement récupéré par le système, jusqu’à devenir le successeur de Staline à la direction du pays, qu’il n’est plus crédible. La présence de Wonder Woman soutenant l’URSS, et surtout Batman dans le rôle d’un anarchiste révolutionnaire ne relèvent pas vraiment le niveau, et seuls quelques clins d’œil (Nixon assassiné en 1963, Lois Lane mariée à Lex Luthor, un certain JFK accompagné par une Norma Jean ridée) relancent l’intérêt. Mais le plus grand défaut de ce recueil reste bien son pro-américanisme primaire. Car cette URSS, qui parviendra à rassembler sous sa tutelle la quasi-totalité des pays du globe, se trouvera malgré tout dans le chaos à la disparition de Superman, avant de tomber dans le giron d’une Amérique gagnant enfin sa place de seule grande puissance.

Graphiquement, le passage de crayon entre Dave Johnson et Kilian Plunkett au milieu du second épisode, à cause du retard accumulé par le premier, n’occasionne pas de trouble à la lecture, les deux styles n’étant pas fondamentalement différents. Un petit mot à propos des trois couvertures dues à Dave Johnson, parfaitement stylisées ; on dirait vraiment des affiches de propagande soviétiques.

En résumé, si Elseworld est une manière pour DC Comics d’affirmer l’universalité de ses personnages, sensés être transposables à toutes les époques et toutes les situations, ce Superman : Red Son est un demi-échec. Il manque à cette mini-série une véritable réflexion sur ce qui fait l’universalité du personnage de Superman, et surtout un manque de considèration pour la possibilité d’un monde où l’Amérique ne régenterait pas le monde. Peut-être aurait-il fallu un scénariste européen ?


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