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samedi 5 mai 2007, par Thomas Clément
Voir aussi : Cité 14, Paquet, Romuald Reutimann
Rappelons brièvement le principe de la série Cité 14 : proposer chaque mois un épisode d’une trentaine de pages au prix volontairement bas d’un euro. Cette idée, imposée par les auteurs à l’éditeur Pierre Paquet, résulte de la volonté de donner une image de feuilleton populaire à cette bande dessinée.
Dès l’annonce de cette sortie, les interrogations à propos de la rémunération des auteurs sont apparues sur différents forums (BDgest, le forum officiel de la série, et même le site Actuabd). A chaque fois, la question est la même : Comment est-il possible pour un auteur de vivre de son travail avec un prix de vente aussi faible ?
Prenons comme exemple un album "classique", avec ses 48 pages en couleurs, sa couverture cartonnée et son format A4 (ou presque). Pour un prix public de 11 euros, et une vente totale de 4000 exemplaires, un éditeur conventionnel reversera aux auteurs 10% du prix hors-taxe, soit environ 4000 euros.
En considèrant qu’il aura fallu 9 mois de travail à ses auteurs pour voir naître cet album, cela représente peu ou prou un salaire mensuel de 450 euros à répartir entre les auteurs (généralement 2/3 pour le dessinateur et 1/3 pour le scénariste). Ne faites pas de la bande dessinée pour devenir riche !
A ces considérations, ajoutons que la vente d’un album se fait généralement sur plusieurs années, et que ce salaire mensuel n’en est que plus fictif !
Prenons à présent l’un des épisodes de Cité 14. Il a fallu un mois à Romuald Reutimann pour réaliser la trentaine de page qu’il contient. Son éditeur table sur une vente de 7500 exemplaires, soit près du double de l’album cartonné que nous avons pris en comparaison, mais le prix de vente très faible de Cité 14 joue en sa faveur.
Si la répartition des droits d’auteurs est la même, et il n’y a pas de raison pour qu’elle ne le soit pas, le salaire mensuel des auteurs sera alors de 750 euros à répartir. Une situation plus avantageuse dans l’absolu, mais qui mantient malgré tout les auteurs dans une grande précarité.
Soyons honnête, rien ne prouve qu’un album cartonné se vende à 4000 exemplaires. Et même si l’on espère que Cité 14 trouvera un abondant lectorat, rien ne permet d’en être sûr. Ce qui est certain par contre, c’est qu’il existe un système d’avance sur droit qui consiste pour un éditeur à payer une somme forfaitaire à la livraison de chaque planche. Cette somme forfaitaire sera déduite des droits d’auteur résultant des ventes.
Alors rassurons nos lecteurs, même si les auteurs de Cité 14 ne roulent pas sur l’or, l’éditeur Pierre Paquet, qui dit perdre de l’argent pour le moment avec la série [1], règle chaque mois comme avance sur droits une somme équivalente à un smic et demi, à partager selon la règle deux tiers/un tiers. En attendant plus (une traduction serait envisagée, entraînant des ventes plus importantes), cela permet aux auteurs de poursuivre leur travail avec un minimum de sérénité et aux lecteurs de ne pas être complice d’une supposée exploitation de ceux-ci.
[1] On ne peut que le croire, cela ne fait qu’une dizaine de jours qu’elle est présente sur les présentoirs des libraires