Chronique The Zumbies T2 : Heavy Rock Contest (Yan Lindingre et Juline/CDM) - Fluide Glacial

Publié le mercredi 26 septembre 2012 par Lionel Dekanel. Mis à jour le 26 septembre 2012 à 10h41.

Souvenons-nous, il y a deux ans, à la fin du premier tome des aventures des Zumbies, nous avions laissé notre groupe crypto-rock’n’roll préféré au beau milieu d’une mare de sang. Aidés par le public déchaîné du Hoodoo-Bayou les Zumbies venaient de se défaire d’une groupe de fanatiques religieux (pléonasme ?) qui en voulaient à leurs guitares, leurs amplis et leurs vies. Quoique, dans ce dernier cas, ils n’auraient pas pu prendre grand-chose, les Zumbies, comme nous l’avions appris en début d’album, étant déjà morts, tout en étant encore plus ou moins vivants. Eh oui, d’où croyez-vous qu’ils tiennent leur nom de groupe ?

Bref, avec ce deuxième opus, nous retrouvons nos Zumbies dans leur « never ending tour » qui, pour le coup, prend tout son sens (tandis que celui de Bob Dylan, forcément, en connaîtra une un jour de fin, mais c’est une autre histoire, qui est toujours en train de s’écrire). Or donc Johnny, Dee-Dee, Deborah et Hank (toute ressemblance avec des rockers existants ou ayant existé est délibérément assumée) tracent le route. Ou plutôt le fleuve au début de notre histoire. Et sur un fleuve, forcément, on a toutes les chances de se faire attaquer par des pirates. Bingo ! Mais nos héros ont de la ressource, surtout Dee-Dee, le bassiste, qui a depuis longtemps pris l’habitude d’utiliser son instrument de manière conventionnelle certes, avec ses deux mimines et un médiator, mais parfois aussi de manière plus inhabituelle, de manière contondante, quand on lui cherche un peu trop les asticots dans les orbites. Malheureusement, cette fois sera le coup de trop. Bilan : crâne du pirate un peu trop skinhead pour être honnête : 1, basse de Dee-Dee : 0. Et bien sûr il n’a pas de rechange sur lui.

Une fois débarrassés des pirates nos Zumbies se mettent donc en quête d’un instrument digne du talent de son futur utilisateur. Ils le trouveront dans un monastère où est enfermé Carlos Pavicich lui-même, le « plus grand luthier de la révolution rock » (entre la basse fracassée et ce titre de « Revolution rock », on sent bien que le Clash n’est pas loin). Au passage on notera que les Zumbies semblent avoir une dent (que dis-je, un dentier complet) contre les religieux de toute robe de bure puisque, évidemment, ils vont allégrement nettoyer, par le vide total, le dit monastère, non sans avoir récupéré l’instrument convoité, le chef d’oeuvre de Pavicich, la « Stradichnikov Spartakus », moitié Stradivarius moitié Kalachnikov, qui, avec le chargeur adéquat et la baïonnette qui va bien, risque de devenir l’arme ultime de déflagration massive.

Les Zumbies peuvent donc poursuivre leur route et se rendre à Woodtonguestock afin d’y participer au « Heavy Rock Contest », histoire de se refaire une petite santé financière et asseoir encore un peu plus leur réputation. La concurrence est relevée, Mummies, Bones, Vampires, Robots, Devils, Bitches et autres Cannibals sont aussi sur les rangs. Problème, étant arrivés en retard pour se faire inscrire les Zumbies n’ont d’autre solution, pour participer au concours, que d’accompagner Clara Roussie, l’épouse chanteuse du président de Woodtonguestock (et toute ressemblance bla bla bla... est volontairement assumée). Émeute assurée, que la Stradichnikov de Dee-Dee va largement contribuer à mater, libérant à la fois un fauteuil présidentiel et un peuple asservi. Woodtonguestock devenant par la même occasion Rock City. Chaque révolution a besoin de symboles forts.

Mais le « Heavy Rock Contest » n’était qu’une étape pour les Zumbies, qui font route vers leur destination finale (du moins pour l’instant), Fire Island, le nec plus ultra des studios d’enregistrement. En effet, si la vie sur la route peut être exaltante, la finalité même d’un groupe de rock n’est-elle pas d’assurer sa postérité avec un bon disque bien senti ? Et les Studios 666 de Fire Island sont ce qui se fait de mieux. Mais nos Zumbies ne sont pas au bout de leurs surprises. En effet, aux Studios 666 ils vont retrouver deux vieilles connaissances, Jesse Garon tout d’abord, leur manager dans une autre vie (la vraie, celle d’avant), et le Docteur Vanderpumpe, celui qui leur avait injecté le dopant fatal au commencement de tout ce bazar (voir le tome 1). Et Vanderpumpe voit désormais les choses en plus grand. Il veut rien moins que l’avènement du IVème Reich. Pour cela il a créé une armée de clones d’Hermann Goering (pour plus de détails sur l’omnipotent ministre de l’Air et commandant de la Luftwaffe du petit Adolf je vous renvoie à votre encyclopédie préférée). Grâce à un nouveau produit de sa composition, le « Black Devil 999 », encore plus « efficace » que le « Black Devil 666 » qui avait fait des Zumbies ce qu’ils sont aujourd’hui, Vanderpumpe les contraint à enregistrer la chanson qui servira à galvaniser ses troupes de clones et les lancer à la conquête du monde. Cette chanson « Tam tam & taboo » sera effectivement la « Musik Waffe » ultime. Trop ultime même. Les rythmiques telluriques des Zumbies vont si bien faire leur œuvre que d’autres forces vont se libérer, ou plutôt se déchaîner. Et il ne fera pas bon se trouver sur leur passage. On comprend que les Zumbies aient la sagesse de quitter Fire Island avant qu’il ne soit trop tard.

Ce deuxième volume est tout aussi jouissif que le premier, il en reprend d’ailleurs tous les principes. Le trait nerveux de Julien/CDM fait des merveilles dans cette histoire fantastique où le rock’n’roll est omniprésent (les connaisseurs apprécieront les nombreux clins d’oeil). On sent que Lindingre est, lui aussi, un passionné de ce binaire qui pulse comme un cœur qui ne bat pourtant plus chez les Zumbies. Au niveau des couleurs on baigne toujours dans ce vert glauque définitivement associé aux zombies, forcément, vert glauque aussi associé aux classiques films de monstres d’Universal dans les années 30 et 40 (Dracula, Frankenstein, La Momie, Le Loup-Garou, etc). De temps en temps des touches de couleurs viennent rehausser quelques détails essentiels, le rouge de l’hémoglobine bien sûr, ou les couleurs guerrières de la « Stradichnikov Spartakus » par exemple. De plus, l’album étant imprimé sur un papier épais et granuleux, tout le côté organique de l’histoire en ressort d’autant plus efficacement. En revanche, si le premier volume se terminait avec l’annonce de ce deuxième tome, il n’en est rien pour celui-ci. Est-ce à dire qu’il s’agirait là de la fin de l’histoire ? Espérons que non, ce serait trop frustrant de ne pas revoir un jour les Zumbies dans de nouvelles aventures.

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