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Chronique Shooting on location (Bart) - Autoédition

Chronique Shooting on location (Bart) - Autoédition

mardi 9 mai
Par Vivien Arzul

Depuis quelques années, les plateformes de financement participatif bouleversent les codes de diffusion de la création. Ce dispositif permet à bon nombre de jeunes talents de pouvoir émerger. Le neuvième art n’y échappe pas et bon nombre de jeunes artistes utilisent ce procédé pour voir naître leurs projets. C’est le cas de , un jeune auteur passionné de bande dessinée américaine qui publie ses comics à compte d’auteur depuis 2015. Cette méthode de publication lui a permis de sortir Shooting on location, un polar tonitruant merveilleusement bien édité.

L’histoire en deux mots :
Mickael Delgado est un agent de sécurité rêvant d’assurer la protection des vedettes les plus reconnues. Seulement, une expérience malheureuse dans ce domaine l’éloigne des strass et des paillettes. Alors qu’il se résout presque à utiliser ses talents et ses muscles dans le supermarché du coin, il est contacté par un ami dirigeant l’agence de protection avec laquelle il avait raté sa dernière mission. Ce dernier souhaite qu’il assure la garde rapprochée d’Amaélis Besnard, qui n’est rien d’autre que le comédien phare d’un feuilleton à succès se tournant pour un temps dans la région.
Delgado accepte sans attendre et voit en cette mission l’occasion d’effacer l’échec qu’il a connu auparavant. Cependant, il ne se doute pas que cette mission va le plonger dans des sphères complexes ou s’entremêlent mafia, drogue et show-business. Il va devoir faire face à tout cela tout en protégeant sa cliente, le seul dénominateur commun des dangers qui l’attende.

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Extrait Shooting on location (Bart)

Le dessin :
Bart bd assure l’essentiel dans son comic français. Même si le dessin est empreint d’un certain amateurisme par moment, l’auteur rend un album abouti et très cohérent graphiquement. Le choix du noir et blanc est une très bonne idée, il appuie l’ambiance de ce polar sombre. Cette dernière, est accentuée par l’utilisation d’aplats noirs utilisés avec une grande justesse. De plus, on sent que l’auteur est très à l’aise avec l’utilisation du noir et blanc ce qui renforce la qualité graphique du récit.
L’atmosphère graphique de l’intrigue est accentuée par des scènes de combat empreintes de réalisme, que l’auteur retranscrit avec beaucoup d’authenticité. Les bagarres sont particulièrement bien représentées et l’auteur a su suggérer à merveille la violence dans ces dernières, avec un découpage astucieux.
Bart parvient avec beaucoup de talent à exprimer à travers son trait les personnalités de ses protagonistes. En effet, le lecteur parvient grâce à cela à deviner la nature d’un personnage du premier coup d’œil. On peut l’observer avec le paparazzo qui respire littéralement la fausseté et la roublardise de sa profession.
L’auteur a su également utiliser et incruster à bon escient les onomatopées qui servent parfaitement l’album, que ce soit dans les scènes d’humour ou d’action. Enfin, certaines cases sont foncièrement réussies et montrent tout le potentiel de progression graphique de l’auteur.

Le scénario :
Bart parvient à nous livrer un polar qui devient meilleur de page en page, grâce à une montée en puissance adroite du scénario qui saura maintenir le lecteur en haleine. Il arrive à faire de ce sympathique loser, un vrai héros de film d’action grâce notamment aux scènes d’action parfaitement intégrées au récit. De plus, il arrive admirablement à étoffer son histoire pour en faire une narration plus complexe que de prime abord.
L’auteur a su également élaborer et décrire à merveille la personnalité de ses protagonistes. Il le démontre remarquablement bien à travers la description du comportement et des vices d’Amaélis. Ou encore avec celle de son héros où l’auteur montre à travers l’album qu’il n’est pas qu’une brute sans cervelle. Ces différents portraits qui jalonnent le récit apportent une profondeur indéniable à ce dernier. Bart a su décrire avec précision les environnements dans lesquelles évoluent les personnages comme la mafia ou le milieu audiovisuel. Il a su aussi utiliser judicieusement des idées de l’imaginaire collectif pour crédibiliser son intrigue. Ce procédé permet d’impliquer davantage son lectorat à son propos. Ce tome possède un scénario abouti et bien rythmé qui transporte le lecteur dans un polar dense et trouble.

Avec Shooting on location, Bart rend une copie soignée malgré un graphisme qui peut paraître un peu juste. Cependant, ce petit bémol est vite oublié par un scénario fort et un personnage charismatique qui font de ce tome une étonnante curiosité et de son auteur un profil à surveiller.

A commander directement à l’auteur : http://bartbd.com/produit/shooting-on-location/


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