Chronique Guiby T1 : Une odeur de soufre (Sampar) - Kennes

vendredi 27 janvier
Par Vivien Arzul

La bande dessinée n’est pas uniquement franco-belge, nos cousins québécois sont aussi des créateurs de talent dans le monde du neuvième art. Parmi ces ouvrages se distingue Guiby, une série de Sampar à mi-chemin entre le comic et la bande dessinée européenne. Les Editions Kennes, en choisissant de publier les albums de cet auteur, perpétuent leur volonté de promouvoir la bande dessinée québécoise dans nos contrées.

L’histoire en deux mots :

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Extrait 1 - Guiby T1 : Une odeur de soufre (Sampar) - Kennes

Dans la ville endormie, Guiby, un enfant de trois ans et demi, ne trouve pas le sommeil. Des bruits étranges s’échappent de son placard, et, persuadé qu’un monstre s’y cache, le jeune enfant enfile sa capuche et décide de tirer cette histoire au clair. En effet, un monstre possédant une main gigantesque est bien présent. Pourtant, le jeune garçon n’a pas peur et coince le bras de la mystérieuse créature puis l’oblige à se rendre.
Après un bref échange, le monstre s’enfuit ; Guiby le laisse fuir en lui conseillant de ne jamais revenir. Cependant, Ramirez, un rat de passage, lui explique qu’il reviendra se venger avec des renforts. Guiby comprenant que sa famille est désormais en danger se lance à la poursuite du fuyard. Cette fabuleuse traque conduira le jeune garçon à explorer la ville, cette dernière n’étant pas seulement hantée par des monstres. En effet, il découvrira à travers sa chasse que la paisible cité est divisée en trois zones où règnent monstres, rats et chats qui se vouent une terrible haine réciproque.
Pourtant, le courageux jeune homme va parcourir chacun des territoires, affrontant les dangers et les créatures terrifiantes, afin de retrouver le monstre fugitif et ainsi protéger les siens.

Le dessin :
Le style de l’auteur colle parfaitement à l’ambiance de l’album. En effet, ce style un peu cartoon permet de rendre les animaux et les monstres vraiment vivants et originaux. Qui plus est, il contribue à l’immersion du lecteur dans le récit. Le point fort graphique incontestable du tome est sans doute la réalisation particulièrement soignée des monstres. L’auteur a su proposer un bestiaire riche, oscillant entre le grotesque avec le monstre du placard et l’effrayant avec les monstres peuplant le reste de la ville.
Les autres créatures ne sont pas en reste car chacune des castes possède un ou plusieurs personnages charismatiques. Que ce soit le chef des chats avec son apparence de mafieux guerrier ou Ramirez le rat aidant Guiby qui se distingue par son allure sympathique, ce qui tranche avec celle des rongeurs ordinaires plus agressive. Les environnements dans lesquels évolue le jeune héros sont également très bien rendus.
De plus, la mise en couleur qui peut sembler un peu froide de prime abord, se révèle très efficace, notamment dans la réalisation des monstres. Sampar réussit un album avec des planches terriblement dynamiques, particulièrement lors des combats et les scènes de parcours. En effet, chaque mouvement de Guiby est parfaitement décrit et apporte une fluidité indéniable à la lecture. L’auteur livre un album graphiquement accompli introduit par une superbe couverture.

Le scénario :

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Extrait 2 - Guiby T1 : Une odeur de soufre (Sampar) - Kennes

Sampar parvient à créer un univers riche autour des peurs enfantines. En effet, le mythe du monstre dans le placard est parfaitement exploité, car il arrive en quelques cases à décrire ce sentiment d’angoisse infantile en utilisant des onomatopées inquiétantes et qui engendre à leurs écoutes l’introspection du personnage. Cette description rigoureuse renvoie le lecteur à des appréhensions familières et capte l’attention du lecteur. De cette description résulte un bestiaire sophistiqué que le lecteur prendra plaisir à découvrir au fil de l’album.
L’auteur a su renforcer la richesse de sa création avec les castes qui gravitent autour des monstres et cette idée apporte un plus indéniable au scénario car leur découverte, ainsi que leur lutte séculaire est un des points forts de l’histoire. De plus, chaque clan à ses propres personnages charismatiques qui sont décrits avec justesse et égalité : au fil du récit aucun ne sont sous représentés.
Enfin, Sampar a créé un personnage attachant et fascinant avec Guiby. Il parvient à en faire une espèce de super bambin ne connaissant pas la peur, que ce soit à travers les lieux qu’il traverse comme les égouts, ou les situations qu’il affronte, dont les nombreux combats contre les monstres. Tout cela donne à ce jeune héros une aura particulière qui parfait le sentiment d’attachement avec le lecteur.

Ce premier tome de Guiby est une réussite sur tous les plans et fait preuve d’une richesse inattendue. La découverte de ce super bambin est un bonheur de lecture et donne envie de très vite le retrouver.

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